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Monthly Archives: juillet 2013

Il est arrivé : 2873 pages, près de 1100 notices biographiques de francs-maçons du XVIIIe siècle, « Le Monde maçonnique des Lumières (Europe-Amériques & colonies), Dictionnaire prosopographique » est sorti des presses.

Couverture-Porset-RévaugerPrésentée en avant-première au Musée de la franc-maçonnerie le 19 juin dernier et ouvert à la souscription depuis quelques mois, cette publication majeure commence à être distribuée ces jours-ci. Ce qui frappe d’emblée, c’est la dimension de l’entreprise. Charles Porset et Cécile Révauger, qui y ont consacré près de 10 ans de leur vie, se sont adjoints pas moins de 117 collaborateurs, pour la plupart universitaires. En dépit de cela, il ne faut surtout pas se laisser impressionner et rester sur le seuil ; au contraire, il faut plonger… car l’ouvrage se lit comme un roman. En le feuilletant, on laisse son regard accroché par le début d’une notice et, en quelques pages, on voit défiler la vie, les intérêts, les engagements d’un maçon dont parfois on ne connaissait même pas le nom quelques minutes avant. Notre ami Charles Porset, qui s’y est donné corps et biens jusqu’à sa trop précoce disparition, faisait sien et aimait à rappeler ce propos de Voltaire : « Les meilleurs livres sont ceux qui font faire la moitié du chemin aux lecteurs ». C’est donc une lecture active, un dialogue qu’il faut entamer avec ce nouveau monument de l’érudition maçonnique. Chacun ira voir les biographies des personnages qui l’intéressent particulièrement. Certaines de ces notices sont des recherches originales qui constituent de véritables articles scientifiques, d’autres sont de fort utiles synthèses. Prenons un personnage essentiel comme Jean-Jacques Bacon de la Chevalerie. La notice de Jacques de Cauna, éminent spécialiste de l’histoire d’Haïti, apporte des éléments passionnants sur la situation sociale et politique de Bacon à Saint-Domingue avant et pendant « les évènements ». Mais, vu la longueur et la variété de sa carrière maçonnique, il sera encore utile de consulter l’« entrée » Bacon du « Dictionnaire de Ligou » due à Alain Le Bihan (à laquelle J. de C. renvoie d’ailleurs) … et la notice que nous lui avons consacré avec Pierre-François Pinaud dans notre Etat-major maçonnique de Napoléon (notamment pour quelques détails de sa vie personnelle et pour son passage chez les Elus coëns).

Alors, dans cet été caniculaire, à vos dictionnaires ! enfermez vous dans une cave et, de notices en notices, partez pour un grand voyage dans un monde aujourd’hui silencieux mais ô combien vivant.

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Grandes manœuvres dans le REAA en Europe

Aigle-LausanneDans les évolutions que connaît en ce moment le monde maçonnique français, il y a un événement qui, singulièrement, semble être passé assez inaperçu. Il y a quelques jours, le Suprême Conseil pour la France a publié un communiqué relatif à la formation, le 16 mai 2013, d’une « Confédération des Suprêmes Conseils Européens ». Très classiquement la Confédération – une de plus ! – a pour objets l’information réciproque, la mise en place d’actions communes etc. Les signataires sont les Suprêmes Conseils pour la France (1804), d’Espagne (1811), de Grèce (1872), de Suisse (1873), d’Italie (1875), de Roumanie (1881) d’Allemagne (1930) et du Portugal (1993).

La première chose que l’on remarque…  ce sont bien sûr les absents. Cette Europe du REAA se fait sans les britanniques (SC d’Irlande, d’Ecosse et d’Angleterre), mais aussi sans les Hollandais ou les Belges. Il faut dire que le texte s’inscrit dans l’esprit du Convent de Lausanne (1875) et professe donc des idées très françaises en matière de REAA. Ainsi par exemple : « Les Suprêmes Conseils possèdent un droit imprescriptible sur ces trente trois degrés – y compris les grades symboliques donc, même si – ils ont réduit leur transmission initiatique à trente degrés, du 4ème au 33ème ». Voilà qui est difficilement admissible dans des pays où le Rite Ecossais Ancien Accepté est resté, comme à ses origines, exclusivement un système de hauts grades ouvert à des Frères maîtres venant d’horizons maçonniques divers. Le Président de la Confédération est le Grand Commandeur français, Jean-Luc Fauque, le Vice-Président, le Grand Commandeur allemand, Eberhard Desch et le Secrétaire Général, le Grand Commandeur roumain, Constantin Iancu. Comme toute organisation internationale qui se respecte, le siège de la nouvelle confédération est en Suisse, à Lausanne, au siège du SC de Suisse.

Les Français y sont  en position de force et ce n’est sans doute pas un hasard si cet accord est annoncé en pleine « recomposition du paysage maçonnique français ». Y aura-t-il place pour deux Suprêmes Conseils dans l’orbite de la Confédération Maçonnique de France ? S’il y a réunification, sur quelles bases se fera-t-elle ? Une fois pacifiée, la GLNF va-t-elle accepter longtemps de voir ses – encore nombreux – membres pratiquant le REAA se mettre sous l’obédience d’un SC très lié à la GL-AMF ? Cette Confédération des Suprêmes Conseils Européens vient donc très opportunément renforcer l’Avenue de Villiers dans un moment un peu critique et doit donc être versé au dossier des « événements » actuels.

http://www.scplf-reaa.org/Accueil/tabid/40/articleType/ArticleView/articleId/20/Confederation-des-Supremes-Conseils-Europeens.aspx

Du nouveau sur la position anglaise en matière de régularité ?

UGLELa « Conférence européenne des Grands Maîtres » (des Grandes Loges « régulières ») s’est tenue à Genève du 27 au 30 juin 2013.

Selon nos sources le Pro-Grand Master (c’est-à-dire le vrai patron) de la Grande Loge Unie d’Angleterre, Peter Lowndes, aurait déclaré – tout en soulignant qu’il ne parlait pour le moment que d’une hypothèse – que « UGLE » pourrait à l’avenir reconnaître deux Grandes Loges sur un même territoire…Et cela, même si ces Grandes Loges ne sont pas elles-mêmes « en relation d’amitié et de reconnaissance mutuelle ». Cette évolution permettrait de résoudre deux problèmes importants.

Tout d’abord la situation maçonnique dans les états du Sud des Etats-Unis, où les Grandes Loges « classiques » ont affirmé à plusieurs reprises qu’elles ne reconnaîtraient pas les Grandes Loges de Prince Hall… alors que Londres souhaite les reconnaître comme elle le fait maintenant depuis plusieurs années dans le Nord.

Et puis bien sûr, la situation française avec la GLNF et la GL-AMF, qui se revendiquent toutes deux des principes de la régularité anglo-saxonne… voire la Confédération Maçonnique de France (dont la GL-AMF est aussi partie prenante, il est bon d’avoir deux fers au feu !).

Ce n’est probablement pas un hasard si cette déclaration a été faite à Genève où la réunion était organisée par la Grande Loge Suisse Alpina. Celle-ci est en effet l’un des plus fermes soutiens de la « Déclaration de Bâle » visant à une reconnaissance de la Confédération Maçonnique de France. Les anglais ayant, « off records », exprimés à plusieurs reprises leur fortes réticences face à ce nouvel objet maçonnique qu’ils ont du mal à identifier, on s’acheminait vers une difficulté. En effet, les « 5 Grandes Loges » de la « Déclaration de Bâle », en toute logique, devraient aller vers une reconnaissance de la Confédération. On aurait alors des Grandes Loges « régulières » ne reconnaissant pas la même organisation maçonnique en France. Ce qui dans l’état actuel de la doctrine anglaise ne serait pas possible ou créerait de grandes tensions. Cette évolution de la Grande Loge Unie d’Angleterre, si elle est confirmée, permettrait ainsi de faire sauter un verrou important. Les continentaux reconnaissant la Confédération ou la GL-AMF et les Anglais reconnaissant la GLNF… ou personne.

Franc-maçonnerie et Théophilanthropie dans le dernier SALIX

Père de famille TheophiLe dernier n° de SALIX – déjà le n°41 ! – la revue du SCPLF vient de paraître. Il publie les communications présentées lors des « Rencontres Ecossaises » de Strasbourg il y a quelques mois. Le thème de ces conférences était « Les voies d’approches du Principe ». Si la plupart des exposés était le fait de philosophes, cela a été l’occasion pour nous de revenir sur un dossier qui nous intéressait depuis longtemps : la Théophilanthropie.

Une religion peut-elle s’en tenir aux principes ? Ce fut l’une des ambitions de la théophilanthropie, bien oubliée aujourd’hui, mais qui a presque été, pendant près de deux ans – du 18 fructidor an V (4 septembre 1797)  au 30 prairial an VII (18 juin 1799) –  la « religion officielle » de la France. A l’origine, elle n’est qu’un projet de culte déiste comme il en exista quelques-uns sous la Révolution. Mais la conjoncture politique et la protection de l’un des hommes forts du gouvernement révolutionnaire, le directeur La Révellière-Lépeaux, l’a mise sur le devant de la scène. Après avoir rappelé les grandes lignes de cette curieuse histoire, nous nous interrogerons sur les principes professés par les théophilanthropes, puis nous explorerons les nombreux liens avec la franc-maçonnerie.

L’épisode de la théophilanthropie peut paraître anecdotique et pittoresque, il est cependant révélateur d’éléments structurants de l’histoire religieuse et politique de notre pays. Il illustre notamment un point important pour l’histoire maçonnique. Alors qu’en Grande-Bretagne et dans le monde anglo-saxon, le déisme se situe dans la continuité du christianisme en apparaissant comme un unitarisme prolongé ; en France, tant dans le domaine des idées que de l’histoire, le déisme est en rupture avec le christianisme et se place clairement dans le camp critique du rationalisme des Lumières. C’est probablement ce contexte philosophico-religieux qui explique en partie l’évolution de la franc-maçonnerie française dans le dernier tiers du XIXe siècle.

Pour se procurer le n°41 de SALIX :

écrire à « Rencontres Ecossaises », 128 Avenue de Villiers – 75017 Paris ou

http://www.scplf-reaa.org/Boutique.aspx