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Monthly Archives: août 2014

Une rentrée à suspens pour les hauts grades du REAA en France : analyse.

Aigle-SCPLFLa rentrée est souvent la période des annonces importantes. Le 29 août, le Grand Maître de la GLNF a adressé aux Frères de son obédience un courrier leur signifiant que dorénavant il n’était plus possible aux membres de la GLNF d’appartenir au Suprême Conseil pour la France. Lettre qui a dans la foulée été transformée en « Communiqué » et ainsi rendue publique. Comme le souligne d’emblée les blogs La Maçonne et Gadlu-info qui ont été les premiers à faire état de l’information, on assiste probablement là au dernier épisode de la crise de la GLNF. Les Frères pratiquant le REAA ne pourront donc plus prolonger leur parcours initiatique dans un atelier de hauts grades relavant du Suprême Conseil pour la France. Fondé en 1964, justement pour accueillir les Frères de la GLNF désirant pratiquer les hauts grades du REAA, le Suprême Conseil pour la France avait par la suite eu des relations souvent difficiles avec la GLNF. Lors de « La crise », le SCPLF avait été accusé, à tort ou à raison, d’être, par derrière, un des plus actifs soutiens des « rebelles » puis un des artisans de la création de la GLAMF. Depuis, sa doctrine officielle était d’accueillir indistinctement dans ses ateliers  les Frères des deux obédiences, considérant que GLAMF comme GLNF étaient régulières.

La nouvelle direction d’une GLNF re-régularisée ne pouvaient tolérer longtemps de voir ses membres se mettre sous l’autorité de juridictions de hauts grades qui entretenaient par ailleurs des relations avec sa scission la GLAMF. Dans les deux dernières années, elle a ainsi exigé du Grand Chapitre Français qu’il travaille de nouveau exclusivement avec elle et a reconstitué une petite structure pour les hauts grades pour le RER. Le Suprême Conseil du REAA étant « un gros morceau », elle a attendu un peu. Mais après cette avalanche de succès couronnée par la re-reconnaissance anglaise et, tout dernièrement, par le missile envoyé par Londres sur la CMF, elle se sent assez forte pour achever la normalisation. Après la date limite du 15 novembre 2014, on assistera surement à la création d’un nouveau Suprême Conseil du 33e degré en France. Le Grand Maître le suggère explicitement en écrivant qu’il suivra : « avec attention tout développement permettant aux Frères pratiquant le Rite Écossais Ancien et Accepté de poursuivre leur chemin de perfectionnement selon leur désir ». Mais l’opération va être complexe. Il ne sera sans doute pas très difficile de trouver quelques Frères 33e prêts à constater que la France est un territoire vierge quant à la pratique régulière du REAA et qu’il convient donc d’y créer un Suprême Conseil régulier… Mais – à la différence, par exemple, du Grand Chapitre Français – le Suprême Conseil pour la France est inséré dans tout le réseau des Suprêmes Conseils réguliers avec à sa tête celui de la Juridiction Sud des USA à Washington. Le SCPLF est aussi très actif dans la confédération des Suprêmes Conseils  réguliers d’Europe, son Grand Commandeur, Jean-Luc Fauque en est même le président. L’avenue de Villiers (adresse du SCPLF) a bien sûr consacré beaucoup de temps ces derniers mois à conforter et renforcer ses relations avec les autres Suprêmes Conseils réguliers. Le nouveau Suprême Conseil que ne manquera pas de créer la GLNF dans les mois qui viennent aura donc fort à faire pour espérer gagner un peu de légitimité et un début de reconnaissance par la communauté internationale des Suprêmes Conseils réguliers. Epreuves de force en vue…

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Un nouveau numéro de « Renaissance Traditionnelle » (n°173-174)

Couv-RT-173-174Ce n°173-174 de Renaissance Traditionnelle s’ouvre par un nouvel épisode de la passionnante série de Jérôme Rousse-Lacordaire sur Les métiers de Dieu. L’auteur remet en chantier la problématique si féconde, ouverte il y a quelques décennies, par Jean Hani. Il explore ici la figure de Dieu comme pêcheur (après « L’Architecte », RT n°150; « Le Tisserand », RT n°153; « Le Potier », RT n°154-155; « Le Vigneron », RT n° 162; « Le Berger », RT n°169). Sa lecture nous a remis en mémoire une anecdote qui nous avait à l’époque marqué, ainsi que les autres personnes qui avaient assisté à la scène. Nous participions à un colloque à la Sorbonne sur les premiers concepts de la théologie chrétienne. Un professeur éminent proposa une communication très documentée fondée sur une analyse des notions par lesquelles les premiers chrétiens exprimaient leurs idées du péché, de la grâce, de l’espérance du salut, etc. L’orateur manifestait une virtuosité intellectuelle et un talent didactique qui faisaient l’admiration de l’assistance. À l’issue de l’exposé, après deux ou trois questions, notre regretté ami, l’anthropologue Claude Gaignebet se leva et affirma, avec sa manière sans pareille de prophète inspiré, que l’on faisait là bien des complications inutiles. « Ce qu’il faut – expliqua-t-il devant un auditoire médusé – ou plutôt ce qu’il fallait faire jusque dans les années 1950-1960, car alors fort peu de choses avaient changé – c’était aller sur le bord du lac de Tibériade et interroger les pêcheurs qui y étaient encore très actifs. Pour comprendre comment étaient reçus les évangiles au IIIe ou au IVe siècle, il fallait demander aux pêcheurs : « C’est quoi un filet ? Comment on s’en sert, comment on le répare ? Avec quel outil ? » ; « Comment le bon pêcheur prend le poisson ? Comment il le trie ? »… Au bout de quelques minutes, tout le monde était convaincu et le savant professeur amené à rejoindre sa place un peu penaud, dans une indifférence polie. Bien sûr, les deux avaient raison, mais la démonstration de Gaignebet montrait combien même les notions les plus subtiles de la spiritualité s’enracinent à l’origine dans un vécu quotidien, où le métier tient une grande place. Le premier Dieu des chrétiens a été d’abord, comme ses disciples, un pêcheur galiléen. Sans doute ce premier état a-t-il laissé, siècle après siècle, une trace profonde au cœur de son identité. Grâce à Jérôme Rousse-Lacordaire, essayons de mieux connaître et de mieux comprendre ce Dieu pêcheur d’âmes.

Toujours la quête des origines ! Gaël Meignez nous propose ensuite une enquête serrée sur l’un des personnages importants – et jusque-là mystérieux ! – des Anciens Devoirs des maçons médiévaux. Ce n’est pas d’aujourd’hui que cet Aynone ou Naymus Grecus intrigue les historiens maçonniques. En effet, il apparaît comme une figure annonciatrice d’Hiram, l’architecte du Temple de Salomon, et constitue donc un peu le « chaînon manquant » dans la constitution d’une séquence essentielle du légendaire de la franc-maçonnerie spéculative.

Dans ses recherches sur le Régime Écossais Rectifié à Marseille, Dominique Sappia est tombé sur une pépite : l’Armorial des CBCS marseillais. Avec Jacques Léchelle, il nous propose une jolie édition commentée de cette pièce rare.

Après nous avoir expliqué les origines et l’histoire du Rite Écossais Primitif de Namur, Christophe de Brouwer nous présente aujourd’hui son système de grades. On découvre bien sûr combien les différentes périodes y ont, chacune, laissé leur empreinte. Mais ce système s’est constitué de surcroît dans une région qui fut un carrefour de l’Europe où Britanniques, Autrichiens et Français s’affrontèrent, mais aussi se croisèrent et se fréquentèrent. D’un certain point de vue, le Rite Écossais Primitif apparaît donc vraiment comme un enfant de l’histoire maçonnique européenne, et ce n’est pas le moindre de ses intérêts.

Loin des clichés, avec ce portrait inattendu et stimulant, Guillaume Bétemps nous invite à découvrir un autre Joseph de Maistre. Dans nos maintenant classiques Acta Martinista, Steeve Fayadas livre ici les résultats d’une longue enquête sur les débuts du mythique Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix de Stanislas de Gaita.

Ce – robuste ! – numéro double inaugure… avec un peu de retard, l’année 2014. Il devrait arriver dans les boîtes aux lettres des abonnés en début de semaine prochaine.

Sommaire :

Dieu au travail VI. le pêcheur, par Jérôme Rousse-Lacordaire

Naymus le paladin architecte venu de Grèce avec les reliques de la Croix, par Gaël Meigniez

Transcription et reconstitution de l’armorial des CBCS de Marseille au début du XIXe siècle, par Jacques Léchelle & Dominique Sappia, illustrations de Laurence Prigent

Les 250 ans du Rite Écossais Primitif, dit de Namur. Seconde partie : Étude succincte des rituels, par Christophe de Brouwer

Joseph de Maistre, le prophète franc-maçon par Guillaume Bétemps

Acta Martinista : « In Cruce Sub Sphera venit Sapientia Vera » ou les documents fondateurs de l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix de Stanislas de Guaita, par Steeve Fayadas

http://www.renaissance-traditionnelle.com/

Une autre source – lointaine – de l’Aigle à deux têtes

Aigle-à-deux-têtes-2Dans nos recherches sur le symbole de l’Aigle à deux têtes (PM-12-et-19-Aigle-à-deux-Têtes-L’Ecossais-12), nous avions repris les conclusions des spécialistes situant chez les Hittites – entre les XXe et XIIIe siècle avant notre ère – l’apparition du motif. Né en Anatolie, l’Aigle à deux têtes entreprend ensuite une longue « migration des symboles » – selon la belle expression de Goblet d’Alviella ­– qui, via les Seldjoukides et les Turcomans, l’amène au haut Moyen âge où les chevaliers latins le trouvent et l’importent en Europe.

Porte-des-LionnesNous voudrions signaler aujourd’hui une autre source lointaine qui à l’époque nous avait échappée. On découvre en effet parmi les objets mis à jour par Schliemann dans les fouilles de Mycènes, et magnifiquement présentés aujourd’hui au Musée national d’archéologie d’Athènes, un collier avec un motif qui se rapproche de l’Aigle à deux têtes. Royaume du héros homérique Agamemnon, chef des Achéens lors de la guerre de Troie, Mycènes est la première civilisation grecque qui s’épanouit dans le Péloponnèse entre les XVIIe et VIIIe siècle avant notre ère. Cité guerrière dont le Wanaka (roi) s’appuie sur une véritable petite armée (avec semble-t-il une chevalerie) pour maîtriser un espace géographique dont il centralise les richesses, Mycènes était dite « cité de l’Or » et le « Trésor d’Agamemnon » témoigne que le nom n’était pas usurpé.

Cette présence de l’Aigle à deux têtes dans l’une des premières civilisations européennes est un élément de plus qui montre combien le symbole est présent dans les profondeurs de la psyché humaine « de temps immémoriaux ».

Un grand livre d’André Combes sur la franc-maçonnerie et la Commune

 

Depuis quelques années la manifestation maçonnique d’hommage à la Commune, le 1er mai devant le mur des Fédérés, a pris une dimension de plus en plus institutionnelle. Des esprits espiègles se plaisant, à l’inverse, à rappeler la position officielle des obédiences en 1871… pour le moins critique vis-à-vis des communards ! En effet, tout un courant du Parti Républicain – pour faire court les « Jules » fondateurs de la IIIe République – craignait que, comme en 1830, comme en 1848, l’insurrection parisienne n’effraie la province et pousse le pays dans les bras de la réaction. L’ouvrage d’André Combes nous invite à revisiter cet épisode fondateur du mouvement ouvrier et à aller au-delà du mythe pour explorer la réalité historique des liens entre la Maçonnerie et la Commune.

Plus qu’un projet politique, la Commune est d’abord une réaction. Réaction du peuple de Paris qui ne comprend pas la capitulation alors qu’il a résisté courageusement à un dur siège de 4 mois des Prussiens, crainte des classes populaires de l’Est parisien de se faire – une fois de plus – voler la République et « la Sociale » par l’Assemblée nationale hâtivement élue où les conservateurs dominent. La revendication « communale » du Paris populaire, au début en tout cas, c’est moins la contestation du gouvernement de Thiers qu’une demande de « garanties ». La fin de non-recevoir de Thiers et la brutalité de sa réponse conduiront les Parisiens à proclamer « la Commune de Paris » et à instituer un gouvernement qui, pour beaucoup des communards, se voulait un pouvoir révolutionnaire à vocation nationale.

Les liens entre Commune et franc-maçonnerie s’explique d’abord par ces 2 mots : République et Peuple. André Combe nous propose un chapitre passionnant où il retrace le cheminement des idéaux républicains dans les loges entre 1789 et 1870. 1848 a marqué indéniablement le temps fort où beaucoup de loges et de Frères ont considéré que la République était le régime le plus conforme aux idéaux maçonniques. L’auteur montre aussi que, si le Grand Orient et le Suprême Conseil continuent à être dirigés par des notables, les classes populaires sont très présentes en Loge où elles constituent le quart de l’effectif, notamment dans le Paris industrieux des années 1860. La Maçonnerie est impliquée dans la Commune parce qu’elle est liée au « petit peuple de Paris » et parce qu’elle se considère déjà comme ayant son mot à dire sur la question de la République. 18 mars-28 mai 1871, moins que « les cent jours » de Napoléon ! Dans ces 250 pages André Combes retrace, presque jour par jour, mais c’est passionnant car il arrive à nous faire revivre les enjeux et l’enchaînement des événements, la participation des Maçons et des Loges à l’aventure de la Commune. Les Maçons sont d’abord des conciliateurs qui, au nom de leurs idéaux humanitaires, n’admettent pas la guerre civile et la division des républicains. Les Loges parisiennes multiplieront les démarches pour essayer de désamorcer l’escalade et de trouver un terrain d’entente entre le gouvernement légal de Versailles et Paris. L’aboutissement – malheureusement purement symbolique – en sera la grandiose manifestation du 29 avril et le déploiement des bannières sur la ligne de front. André Combes montre qu’au delà des symboles, l’action maçonnique n’est pas un aspect marginal de l’histoire de la Commune mais, pour des raisons qu’il explique fort bien, une vraie dimension de ces semaines tragiques. Quand, après tous les échecs de conciliation, les Loges parisiennes se rallient à la Commune, la franc-maçonnerie apparaît comme la seule institution « traditionnelle » et ancienne à soutenir le pouvoir des « Fédérés ». Si les Maçons se sont finalement divisés face à la Commune, les Loges de province restant dans leur grande majorité fidèles au courant modéré du parti républicain, en revanche la Maçonnerie sera – presque – unanime à condamner la terrible répression versaillaise et à réclamer l’amnistie. L’ouvrage se conclue par des chapitres fourmillant d’informations nouvelles sur les Loges de réfugiés politiques à Londres, à Genève, à New York et à Buenos Aires.

Disons le d’emblée, il s’agit là d’un maître livre et d’un ouvrage de référence. On sent que l’auteur a une profonde connaissance de son sujet et de ses sources. On a parfois l’impression qu’il connaît de longue date les personnages ou les Loges qu’il nous présente ! Ces pages se lisent comme un roman. Ceux qui défilent sauront mieux pourquoi et à quoi ils rendent hommage, ceux qui ne défilent pas pourront comprendre pourquoi on peut légitimement vouloir honorer la mémoire de la Maçonnerie communarde.

André Combes, Commune de Paris (mars-mai 1871) la franc-maçonnerie déchirée, préface de Jean-Robert Ragache, Editions Dervy, coll. Sparsa Colligo, Paris, 2014, 256 p., 24 Euros