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Monthly Archives: novembre 2014

Arthur Machen : littérature gothique, Occultisme… et frissons !

Machen019A l’heure où la British Library propose une belle exposition sur la littérature « gothique », de ce côté de la Manche, les éditions Téletès ont eu l’excellente idée de publier un petit livre de Jean-Claude Allamanche sur Arthur Machen. Arthur Machen (1868-1947) est l’un des pionniers – et des maîtres – du roman fantastique anglais. Son œuvre majeure et la plus connue est « Le grand dieu Pan ». Ce roman à suspense et frissons, mais tout en understatements , a de plus bénéficié d’une traduction française du poète Paul-Jean Toulet (1867-1920), l’homme des Contrerimes. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec Edgar Poe et Baudelaire. Machen était d’ailleurs francophone et francophile. A l’époque où il écrit « Le grand dieu Pan », il traduit aussi le journal de Casanova en anglais et on a la surprise de découvrir dans le roman une formule sur le secret directement décalquée de ce que dit Casanova de la franc-maçonnerie. Mais le vrai lien de Machen avec la franc-maçonnerie c’est son amitié avec le célèbre Maçon et érudit maçonnique anglais Arthur Waite (1857-1942), amitié qui le conduira un temps à s’engager dans la Golden Dawn. Il est en effet initié le 21 novembre 1899 dans cette étonnante société para-maçonnique ésotérique sous le nomen de Filius Aquarri. Rappelons que la « GD » comptait à l’époque des artistes de premier plan comme le poète et futur prix Nobel W.B. Yeats ou l’actrice Florence Farr. Les travaux de la Golden Dawn rejoignaient les intérêts de Machen qui s’était toujours passionné pour l’Occultisme. L’étude Jean-Claude Allamanche est l’œuvre d’un lecteur fervent qui a réuni pendant des années les meilleures sources anglaises. Il nous propose aussi une bibliographie des œuvres de Machen traduites en français. C’est fort utile car, même lorsque l’on lit plus ou moins l’anglais, le style gothique de l’auteur reste assez ardu pour qui ne maîtrise pas parfaitement la langue de Shakespeare. Enfin, la publication propose une très intéressante iconographie, notamment par la reprise des bois – gothiques eux aussi !– qui émaillaient les éditions originales du début du XXe siècle. On appréciera l’inquiétante et magnifique couverture due aux pinceaux inspirés – mais par qui ? – de Jean-Michel Nicollet…

Jean-Claude Allamanche, Arthur Machen entre le Saint-Graal et le dieu Pan, Editions Télètes, 90 p., 16 € (disponible chez Detrad)

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Adrien Dax : un surréaliste ausculte la vie secrète de la matière

Dax_modifié-1A quelques pas du Musée Picasso, les galeries Convergences et Intuiti ont eu l’excellente idée de s’associer pour présenter – enfin – une exposition conséquente sur Adrien Dax (1913-1979). Figure importante du surréalisme d’après guerre, très lié à André Breton, sa fidélité à l’esprit collectif du groupe surréaliste l’a conduit à négliger de son vivant les expositions personnelles… ce qui n’a bien sûr pas contribué à sa notoriété. Pourtant, quelle œuvre ! Dax se veut avant tout surréaliste. Il lui arrive même de refuser le qualificatif d’artiste. Son travail est d’abord l’application permanente de l’« automatisme » surréaliste, cette méthode qui veut court-circuiter toute intentionnalité pour laisser l’inconscient guider la main et marquer directement de son empreinte la toile ou le papier. Pour cela Dax expérimentera sans cesse toutes sortes de procédés. Mais quelque soit la théorie qui a sous-tendu le geste, il reste le magnétisme envoutant de ses œuvres. Peintures qui saisissent les vibrations de la matière, dessins qui matérialisent de denses et mystérieux réseaux, images de créatures arachnides surgies des profondeurs du rêve.

Pour l’occasion Raphael Neuville nous propose un petit catalogue très réussi… On attend avec d’autant plus d’impatience l’achèvement et la publication de sa thèse sur Adrien Dax.

Du 14 novembre au 27 décembre 2014

Galerie Convergences : 21, rue des Coutures Saint-Gervais – 75003 Paris

Galerie Intuiti : 16, rue des Coutures Saint-Gervais – 75003 Paris

Annexe:

le post publié il y a 4 ans sur le site de Renaissance Traditionnelle

Un bel article sur Adrien Dax, l’auteur du Phénix de RT

On nous demande souvent l’origine du Phénix qui sert d’emblème à Renaissance Traditionnelle et orne la couverture de la revue depuis 1970. Son allure générale rappelle l’iconographie hermétique de la Renaissance mais, quand on l’observe attentivement, on y distingue un trait beaucoup plus moderne. Il est en effet l’œuvre du peintre surréaliste Adrien Dax. Ami de Jean-Pierre Crystal, le premier rédacteur en chef de Renaissance Traditionnelle, il avait accepté de dessiner cet oiseau mythique qui symbolisait le projet de la nouvelle revue. Dax n’était pas maçon. Mais comme beaucoup de surréalistes, aux premiers rangs desquels André Breton, il s’intéressait à l’hermétisme voire à l’occultisme. On lui doit ainsi un essai A propos du Talisman de Charles Fourier (La Brèche, 1963, n°4). Après les décennies de silence qui suivirent sa disparition en 1979, plusieurs publications récentes font revivre son œuvre. Fin 2010, les Éditions Rue des cascades ont eu l’excellente initiative de proposer un recueil de ses textes dans les revues surréalistes sous le titre Écrits. A l’occasion de l’entrée de plusieurs de ses œuvres au Musée des Abattoirs (le musée d’art moderne de Toulouse), Raphaël Neuville publie dans la livraison « été 2011 » de Midi Pyrénées Patrimoine un bel article sur Dax et son œuvre. Outre une introduction sur cette figure attachante de l’art du XXe siècle, l’article permet de découvrir six superbes œuvres qui peuvent apparaître comme des tentatives pour révéler certains aspects cachés de la matière.

Du très auguste et très aimable Ordre du – bon !– Moment

Ordre-du-Moment-LegAu XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie a inspiré de nombreuses sociétés – certaines sérieuses, d’autres moins ! – qui ont en partie repris sa forme d’organisation, ses rituels, ses titres… en leur apportant néanmoins quelques modifications en fonction de leur objet… particulier. Dans une volumineuse étude, Arthur Dinaux a proposé un impressionnant inventaire de près de 500 « sociétés badines, bachiques, littéraires et chantantes » (Les Sociétés badines bachiques, littéraires et chantantes : leur histoire et leurs travaux, ouvrage posthume revu et classé par Gustave Brunet, Paris, Bachelin-Deflorenne, 1867, 2 vol.). Un certain nombre comme l’Ordre de la Cognée, des Mopses, ou de la Félicité sont d’ailleurs bien connus des historiens de la franc-maçonnerie avec laquelle ces ordres entretenaient des relations étroites. Mais on peut encore en découvrir. Nous avons ainsi eu le bonheur de mettre la main sur un curieux petit recueil consacré à un « Ordre du Moment », ignoré de Dinaux.

L’Ordre du Moment n’est plus aujourd’hui connu que par une très rare plaquette probablement publiée un peu avant 1770. Non seulement Dinaux, en dépit de ses années de recherche, ne l’avait pas découverte, mais, aujourd’hui, le catalogue de la Bibliothèque nationale de France l’ignore. Ce petit volume présente une description de la médaille de l’Ordre, ses statuts, son rituel (instruction, réception, ordre des cérémonies, serment), une liste des 39 Chevalières et Chevaliers reçus dans l’Ordre… et des chansons. L’ouvrage est élégamment imprimé avec une encre couleur de miel (d’acacia ?). Sur notre exemplaire, la liste des membres a été complétée à la main jusqu’en 1776.

Conformément à la tradition, l’instruction résume l’objet principal de l’initiation :

  1. : A quoi reconnaît-on un vrai Chevalier ou une vraie Chevalière ?
  2. : A leur vivacité pour le plaisir […].
  3. : Qu’est-ce que le moment ?
  4. : Tout ou rien selon l’usage qu’on en fait faire.
  5. : Comment vient-il ?
  6. : Le caprice le décide, le plaisir lui donne l’existence.
  7. : Qu’est-ce qu’une assemblée complète ?
  8. : Le nombre n’y fait rien, il faut juste qu’il s’y trouve autant de Chevalières que de Chevaliers […].
  9. : Que signifie la lumière que l’on éteint à la réception ?
  10. : Elle avertit le Récipiendaire que lorsque le moment est venu, tout est dit.

Lors de la réception, on tourmente la candidate, ou le candidat, en lui posant très directement la question : « Vous êtes vous déjà opposé aux plaisirs des autres ? Les avez-vous troublés ? ». Et, le ou la récipiendaire promettant de ne plus jamais agir de la sorte, la cérémonie continue. L’enseignement de l’Ordre, hautement initiatique, tient en une devise : « N’ayez jamais à vous reprocher de ne pas avoir saisi Le Moment ». Tout un programme… hautement initiatique !

Retrouvez l’intégralité de cette histoire curieuse – relatée dans tous ses détails ! – dans le chapitre 4 de :

Curiosités Maçonniques : Énigmes, intrigues et secrets dans les archives des Loges, préface de Jean-Pierre Lassalle, Éditions Jean-Cyrille Godefroy, Paris, 192 p., 20 €

http://www.detrad.com/contents/fr/p4393_Curiosit_s_ma_onniques_-_Pierre_Mollier.html