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Archives de l'année 2014

Une autre source – lointaine – de l’Aigle à deux têtes

Aigle-à-deux-têtes-2Dans nos recherches sur le symbole de l’Aigle à deux têtes (PM-12-et-19-Aigle-à-deux-Têtes-L’Ecossais-12), nous avions repris les conclusions des spécialistes situant chez les Hittites – entre les XXe et XIIIe siècle avant notre ère – l’apparition du motif. Né en Anatolie, l’Aigle à deux têtes entreprend ensuite une longue « migration des symboles » – selon la belle expression de Goblet d’Alviella ­– qui, via les Seldjoukides et les Turcomans, l’amène au haut Moyen âge où les chevaliers latins le trouvent et l’importent en Europe.

Porte-des-LionnesNous voudrions signaler aujourd’hui une autre source lointaine qui à l’époque nous avait échappée. On découvre en effet parmi les objets mis à jour par Schliemann dans les fouilles de Mycènes, et magnifiquement présentés aujourd’hui au Musée national d’archéologie d’Athènes, un collier avec un motif qui se rapproche de l’Aigle à deux têtes. Royaume du héros homérique Agamemnon, chef des Achéens lors de la guerre de Troie, Mycènes est la première civilisation grecque qui s’épanouit dans le Péloponnèse entre les XVIIe et VIIIe siècle avant notre ère. Cité guerrière dont le Wanaka (roi) s’appuie sur une véritable petite armée (avec semble-t-il une chevalerie) pour maîtriser un espace géographique dont il centralise les richesses, Mycènes était dite « cité de l’Or » et le « Trésor d’Agamemnon » témoigne que le nom n’était pas usurpé.

Cette présence de l’Aigle à deux têtes dans l’une des premières civilisations européennes est un élément de plus qui montre combien le symbole est présent dans les profondeurs de la psyché humaine « de temps immémoriaux ».

Un grand livre d’André Combes sur la franc-maçonnerie et la Commune

 

Depuis quelques années la manifestation maçonnique d’hommage à la Commune, le 1er mai devant le mur des Fédérés, a pris une dimension de plus en plus institutionnelle. Des esprits espiègles se plaisant, à l’inverse, à rappeler la position officielle des obédiences en 1871… pour le moins critique vis-à-vis des communards ! En effet, tout un courant du Parti Républicain – pour faire court les « Jules » fondateurs de la IIIe République – craignait que, comme en 1830, comme en 1848, l’insurrection parisienne n’effraie la province et pousse le pays dans les bras de la réaction. L’ouvrage d’André Combes nous invite à revisiter cet épisode fondateur du mouvement ouvrier et à aller au-delà du mythe pour explorer la réalité historique des liens entre la Maçonnerie et la Commune.

Plus qu’un projet politique, la Commune est d’abord une réaction. Réaction du peuple de Paris qui ne comprend pas la capitulation alors qu’il a résisté courageusement à un dur siège de 4 mois des Prussiens, crainte des classes populaires de l’Est parisien de se faire – une fois de plus – voler la République et « la Sociale » par l’Assemblée nationale hâtivement élue où les conservateurs dominent. La revendication « communale » du Paris populaire, au début en tout cas, c’est moins la contestation du gouvernement de Thiers qu’une demande de « garanties ». La fin de non-recevoir de Thiers et la brutalité de sa réponse conduiront les Parisiens à proclamer « la Commune de Paris » et à instituer un gouvernement qui, pour beaucoup des communards, se voulait un pouvoir révolutionnaire à vocation nationale.

Les liens entre Commune et franc-maçonnerie s’explique d’abord par ces 2 mots : République et Peuple. André Combe nous propose un chapitre passionnant où il retrace le cheminement des idéaux républicains dans les loges entre 1789 et 1870. 1848 a marqué indéniablement le temps fort où beaucoup de loges et de Frères ont considéré que la République était le régime le plus conforme aux idéaux maçonniques. L’auteur montre aussi que, si le Grand Orient et le Suprême Conseil continuent à être dirigés par des notables, les classes populaires sont très présentes en Loge où elles constituent le quart de l’effectif, notamment dans le Paris industrieux des années 1860. La Maçonnerie est impliquée dans la Commune parce qu’elle est liée au « petit peuple de Paris » et parce qu’elle se considère déjà comme ayant son mot à dire sur la question de la République. 18 mars-28 mai 1871, moins que « les cent jours » de Napoléon ! Dans ces 250 pages André Combes retrace, presque jour par jour, mais c’est passionnant car il arrive à nous faire revivre les enjeux et l’enchaînement des événements, la participation des Maçons et des Loges à l’aventure de la Commune. Les Maçons sont d’abord des conciliateurs qui, au nom de leurs idéaux humanitaires, n’admettent pas la guerre civile et la division des républicains. Les Loges parisiennes multiplieront les démarches pour essayer de désamorcer l’escalade et de trouver un terrain d’entente entre le gouvernement légal de Versailles et Paris. L’aboutissement – malheureusement purement symbolique – en sera la grandiose manifestation du 29 avril et le déploiement des bannières sur la ligne de front. André Combes montre qu’au delà des symboles, l’action maçonnique n’est pas un aspect marginal de l’histoire de la Commune mais, pour des raisons qu’il explique fort bien, une vraie dimension de ces semaines tragiques. Quand, après tous les échecs de conciliation, les Loges parisiennes se rallient à la Commune, la franc-maçonnerie apparaît comme la seule institution « traditionnelle » et ancienne à soutenir le pouvoir des « Fédérés ». Si les Maçons se sont finalement divisés face à la Commune, les Loges de province restant dans leur grande majorité fidèles au courant modéré du parti républicain, en revanche la Maçonnerie sera – presque – unanime à condamner la terrible répression versaillaise et à réclamer l’amnistie. L’ouvrage se conclue par des chapitres fourmillant d’informations nouvelles sur les Loges de réfugiés politiques à Londres, à Genève, à New York et à Buenos Aires.

Disons le d’emblée, il s’agit là d’un maître livre et d’un ouvrage de référence. On sent que l’auteur a une profonde connaissance de son sujet et de ses sources. On a parfois l’impression qu’il connaît de longue date les personnages ou les Loges qu’il nous présente ! Ces pages se lisent comme un roman. Ceux qui défilent sauront mieux pourquoi et à quoi ils rendent hommage, ceux qui ne défilent pas pourront comprendre pourquoi on peut légitimement vouloir honorer la mémoire de la Maçonnerie communarde.

André Combes, Commune de Paris (mars-mai 1871) la franc-maçonnerie déchirée, préface de Jean-Robert Ragache, Editions Dervy, coll. Sparsa Colligo, Paris, 2014, 256 p., 24 Euros

Une révolution dans la recherche maçonnique : le « fichier Bossu » de la BnF est depuis quelques jours consultable sur le Web

Bossu-RoettiersPour un historien, établir l’appartenance maçonnique d’un personnage reste un problème plus compliqué que ne l’imaginent en général les « profanes »… persuadés que les obédiences maçonniques possèdent, de temps immémorial, des fichiers à jour et précis de leurs membres. En fait, la question se pose assez différemment selon les époques.

Tant au XVIIIe que dans la première moitié du XIXe siècle, le Grand Orient n’avait pas de liste centralisée de ses membres, chaque loge gérait elle-même ses effectifs. Ainsi, il est très difficile de vérifier une appartenance maçonnique lorsque l’on ne connaît pas… la loge dont la personne étudiée aurait pu être membre ! Heureusement certains chercheurs ont effectué des dépouillements d’archives de loges qui constituent souvent la seule entrée possible. Alain Le Bihan a passé au peigne fin les archives des loges parisiennes du Grand Orient et publié un inventaire remarquable sur Les Francs-Maçons parisiens du Grand Orient de France – fin du XVIIIe siècle (Édition de la Bibliothèque Nationale, Paris, 1966). Depuis, plusieurs études régionales ont proposé des répertoires de Maçons. En 1988, Johel Coutura lançait le mouvement avec Les francs-maçons de Bordeaux au 18e siècle, un passionnant dictionnaire biographique. Dix ans plus tard Éric Saunier publiait sa thèse novatrice Révolution et sociabilité en Normandie au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. 6000 francs-maçons de 1740 à 1830 (1998). La même année, le pays basque, autre terre d’implantation maçonnique précoce, bénéficiait aussi d’un inventaire de ses Frères avec l’ouvrage de Jean Crouzet : Loges et francs-maçons Côte basque et Bas-Adour 1740-1940 (1998). Plus récemment, Daniel Kerjan insérait en annexe de sa remarquable étude – Rennes : les francs-maçons du Grand Orient de France : 1748-1998 : 250 ans dans la ville (2005) – un recensement des Maçons rennais. Dernièrement Aimé Imbert publiait une liste de 2000 Frères du siècle des Lumières dans Les Loges maçonniques lyonnaises au XVIIIe siècle (2013).

Dans les années 1960-1970, véritable pionnier avec Alain Le Bihan, Jean Bossu a consacré sa vie à dépouiller des archives et des articles de revues régionalistes ou de publications savantes. Il relevait sur de petites fiches les appartenances maçonniques dont elles faisaient état. Le « fichier Bossu » a fini par compter plus de 100.000 fiches retraçant la carrière maçonnique de frères célèbres ou inconnus au gré des recherches de son auteur. A sa mort, il a légué ce fichier à la Bibliothèque nationale. Pour une période allant globalement de 1780 à 1850, le « fichier Bossu » demeure, dans beaucoup de cas, la seule ressource de l’historien. Jusqu’à présent il ne pouvait être consulté qu’à la Bibliothèque nationale… mais pas directement. En raison de sa complication et de sa fragilité, il fallait solliciter la conservatrice du fonds maçonnique qui, du coup, croulait sous les demandes. Or, depuis quelques jours, grâce à la politique de numérisation et de mise en ligne de la BnF, le « fichier Bossu » est consultable sur le Web.

Voilà comment procéder, nous explique Sylvie Bourel, conservatrice du fonds maçonnique de la BnF : « Vous allez, sur le site de la BnF, rubrique « catalogue », choisissez « Archives et manuscrits », puis « Formulaire de recherche », et dans la ligne « Texte libre » vous tapez « Fichier Bossu suivi du nom qui vous intéresse ». On accède en général à une ou plusieurs boîtes ce qui permet d’aller voir à côté, ce qui est fort utile, l’orthographe des noms pouvant parfois varier sensiblement à cette époque. »

Nous avons testé et…Ça marche !

Voilà qui va grandement faciliter la tâche des historiens du XVIIIe et du XIXe siècle qui rencontrent la franc-maçonnerie dans leurs recherches.

http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/search-form.html

12 juillet, Salon du livre maçonnique de Carcassonne

Logo-Salon-Livre-Carca-V2-WebEn pleine période estivale et dans une région marquée par l’histoire, les Loges du Grand Orient de France vous proposent un temps de détente, de rencontres et de réflexion autour du Livre. Essais philosophiques ou symboliques, romans initiatiques… ou policiers ! Venez découvrir ou redécouvrir les « classiques » et les nouveautés sur les stands des éditeurs et des libraires.  Venez aussi faire connaissance avec les auteurs. Quatre conférences rythmeront la journée :

9 h 30         Comment donner une portée symbolique à un sujet historique ? L’exemple du catharisme et de ses mémoires par Nicolas Gouzy

11 h 00        Le ré-enchantement initiatique du Monde par Frédéric Vincent

14 h 30         Quand les Illumitatis infiltrent le Polar par Eric Giacometti et Jacques Ravenne

16 H 00       Blasons et symboles, l’héraldique de la franc-maçonnerie par Pierre Mollier

17 H 30         Clôture Salon. Verre de l’Amitié.

Organisé par les Loges du Grand Orient de France, samedi 12 juillet (Multiplex CAP CINEMA – ZI du Pont Rouge, 11000 Carcassonne)

Antiquités maçonniques : la « vente du siècle » à Londres

Image-Vente-RoseberysMardi 18 mars, Londres a été le théâtre d’un événement discret mais qui a mis en émoi un cercle restreint et actif au sein de la franc-maçonnerie mondiale : celui des musées et des collectionneurs. La maison de vente aux enchères Roseberys dispersait ce jour là l’une des plus importantes collections maçonniques privées du XXe siècle : celle d’Albert Edward Collins-Nice (1898-1969). Maçon très zélé, pilier du « Craft » et de nombreux des pittoresques systèmes de hauts grades d’outre-Manche, il fut aussi un collectionneur expert et avisé. A la vue du catalogue, on comprenait pourquoi les spécialistes anglais affirmaient que l’on avait pas vu un tel événement depuis plusieurs décennies : 189 lots de bijoux maçonniques dont une série inégalée des fameuses productions de Thomas Harper, le célèbre fabriquant de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle ; une quinzaine de ces grands bijoux (15 cm de hauteur et plus) composites qui furent à la mode dans les loges anglaises entre 1810 et 1825 et qui sont l’un des « musts » des collectionneurs britanniques – habituellement le marché n’en propose guère plus d’un par an. Montres, boîtes, faïences, verreries, il y en avait pour tous les goûts et toutes les collections. La troisième et dernière partie de la vente était consacrée aux livres. Collins-Nice avait tout, y compris des raretés comme le Plot – où l’on découvre, en 1686, l’un des tout premiers textes sur la Maçonnerie non-opérative –  la troisième et magnifique édition de Ahiman Rezon ou un extraordinaire tuileur aquarellé français des décors des 33 grades du REAA. Devant l’abondance de la matière, des estimations qui paraissaient très raisonnables, amateurs et institutions étaient accourues – y compris du « continent » – et il y avait foule ; chacun étant partagé entre le plaisir de retrouver des têtes connues communiant dans la même passion… et le dépit de voir que la concurrence serait rude et que les « amis » étaient aussi au courant ! Les miracles sont rares et les participants comprirent vite que les lots partiraient bien au-dessus des estimations. En moyenne ces magnifiques bijoux furent adjugés entre 2, 3 voire 5 fois l’estimation ! Les stars de la vente, les grands bijoux « 1820 », estimés 200-300 livres, furent adjugés entre 1200 et 3000 livres ! En revanche, pour ceux qui eurent le courage de tenir jusqu’à la fin de cette vente interminable, la partie « livres » allait réserver de divines surprises. Signe des temps, les livres suscitèrent moins d’intérêt et, à quelques exceptions près, les ouvrages furent tous dispersés en dessous, voire bien en dessous, de leurs estimations. Dans le dernier Eurostar du soir, les voyageurs pouvaient ainsi voir, avec une curiosité non dissimulée, le spectacle insolite de quelques Français harassés et tirant dans la douleur de très lourds et mystérieux sacs.

Catalogue à : http://content.yudu.com/Library/A2r9wz/RoseberysMarchDay1Ma/resources/index.htm

Le dernier tablier du « Directoire Écossais de Bourgogne »

Tablier du quatrième grade du RER (circa 1825)

Tablier du quatrième grade du RER (circa 1825)

Le Musée de la franc-maçonnerie a pu récemment acquérir un tablier ancien de « Maître Écossais de Saint-André », quatrième et dernier grade de la Maçonnerie symbolique du Régime Écossais Rectifié. L’intérêt de cette pièce est qu’elle faisait partie d’un ensemble ayant appartenu à un Maçon du début du XIXe siècle et qu’elle peut ainsi être située et datée, ce qui est assez rare dans le domaine de l’objet maçonnique ancien. Ce tablier a en effet appartenu au Frère Georges Grimmer, né en 1789, notaire à Strasbourg et actif en loge dans les années 1820. Il était par ailleurs membre de la loge « La Vraie Fraternité » et le lot comprenait son diplôme de Rose-Croix (1824) du Chapitre « La Vraie Fraternité ».

Lorsque l’on évoque la survie du Régime Rectifié en France au début du XIXe siècle, on cite toujours son réveil éphémère à Paris au sein du Centre des Amis, La Triple Union de Marseille, les tentatives des Frères de Besançon ou Aix… mais on oublie en général que La Candeur poursuivit ses travaux à Strasbourg jusqu’en 1828 ! Notre tablier est un témoignage de ces dernières années du « Directoire Écossais de Bourgogne ». On notera les traces d’une rosette blanche sur la bavette, ce qui laisse penser que son premier propriétaire était aussi membre de l’Ordre Intérieur (c’est-à-dire Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte).

Voir : Eric Burst, Vie et mort des hauts grades à Strasbourg (1803-1852)

Une enquête exceptionnelle sur l’une des grandes figures de l’histoire maçonnique française

Après dix ans de recherches, le livre de Jacques Tuchendler sur Roëttiers de Montaleau vient de sortir : 700 pages, 1500 notes… du solide ! Si le nom de Roëttiers de Montaleau n’a jamais été tout à fait oublié, il a cependant bénéficié d’une véritable redécouverte dans les années 1980.  La mémoire collective maçonnique l’associait plus ou moins à deux évènements : la survie du Grand Orient pendant la Révolution, la fixation du Rite Français. Le renouveau d’intérêt pour le Rite Français dans la deuxième moitié du XXe siècle est à l’origine de la célébrité retrouvée de Roëttiers parmi les Maçons. Les partisans d’un retour aux sources du Rite Français et du réveil de ses hauts grades firent de lui un symbole. Le Rite Écossais avait Grasse-Tilly, le Rite Français aurait Roëttiers. Paradoxe de l’histoire, car comme on le découvrira dans ces pages, le Frère Roëttiers – qui était aussi 33e ! – avait une nature très consensuelle et fort peu l’esprit militant. Il fut d’autant mieux transformé en icône que l’on disposait d’un beau portrait de lui et, ainsi, la cause avait un visage. Si cette redécouverte est donc d’abord liée à l’histoire maçonnique du XXe siècle, l’intuition collective fut juste. Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau est en effet un personnage clef de l’histoire de la Franc-maçonnerie française. Il joue un rôle essentiel au Grand Orient de France dès les années 1780  et jusqu’à sa mort en 1808. De surcroît, son itinéraire et sa personnalité sont emblématiques d’une certaine génération maçonnique qui passa le flambeau du XVIIIe au XIXe siècle. Cette fonction symbolique que l’on était venu à lui attribuer dans l’« histoire sainte » du Rite Français et du Grand Orient de France, fut donc le vecteur de sa célébrité maçonnique retrouvée. Mais, bien sûr, ce rôle d’« icône » s’avéra aussi un handicap pour une réelle connaissance de sa vie et de son œuvre. Lorsque Jacques Tuchendler commença à l’étudier, son premier travail… fut de mettre au placard une partie de ce que la littérature maçonnique avait pieusement écrit sur le « Très Illustre Frère » !

Cette belle étude nous permet de cerner, probablement au plus près de la réalité, ce que fut Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau. Au delà de la reconstitution factuelle de sa vie, l’un des grands intérêts de cette biographie est de nous donner, pour la première fois, des notions claires sur les idées et la sensibilité philosophique et politique de Roëttiers. Héritier d’une fortune conséquente et d’un titre de noblesse accordé à son père, il est acquis aux idées nouvelles et verra avec sympathie la Révolution. Jacques Tuchendler nous le montre même favorable au gouvernement de Robespierre. Il se rallie sans état d’âme à l’Empire et, comme toutes les élites des Lumières qui avaient fait la Révolution, voit probablement dans Napoléon le plus sûr rempart au retour des Bourbons.

Si Alexandre-Louis Roëttiers a été à l’origine de cette recherche, chemin d’historien faisant, l’auteur l’a élargie à son père et à son fils. Heureux choix tant ces deux autres personnalités, bien différentes, se révèlent elles aussi passionnantes. Le premier est probablement le plus grand orfèvre français du XVIIIe siècle. Le second apparaît comme un des pères de la Révolution industrielle dans notre pays. C’est donc à une promenade érudite dans un plus d’un siècle et demi d’Histoire de France que nous convie Jacques Tuchendler.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=42204

 

RT 172 sort de l’imprimerie, au sommaire : écossisme, compagnonnage et ésotérisme maçonnique

La croix alchimique du maçon théosophe

La croix alchimique du maçon théosophe

Le numéro 172 de Renaissance Traditionnelle vient de sortir des presses. Trois beaux et consistants articles au sommaire :

Le Rite Écossais Primitif de Namur a droit à un paragraphe dans la plupart des ouvrages traitant de l’histoire des rites maçonniques ou, a fortiori, du Rite Écossais Ancien Accepté. Mais il n’y apparaît que comme une curiosité citée « pour mémoire ». Christophe de Brouwer nous propose une étude approfondie sur cette véritable saga du rite namurois où il nous le montre sous un tout autre jour. Première surprise, ce régime entretient des relations bien réelles avec l’Écosse, tant lors de la fondation de la loge de Namur au milieu du XVIIIe siècle qu’au XIXe où on le voit croiser le chemin de l’un des principaux personnages de l’histoire des hauts grades en Écosse : le Frère Walker Arnott (1799-1866). Ensuite, il a été un véritable carrefour des systèmes de hauts grades européens et présente une construction curieuse faite de matériaux empruntés à l’Ecossisme, à la Stricte Observance… et même, dans sa dernière période, à l’Ordre du Temple de Fabré-Palaprat.

Compagnonnage et franc-maçonnerie sont des choses bien différentes et RT n’a pas peu contribué à dissiper les confusions trop fréquentes en ce domaine. Il n’empêche que le compagnonnage et son corpus traditionnel restent un sujet d’intérêt fécond pour le Maçon. Gaël Meignez nous soumet ici une hypothèse passionnante  quant aux origines de l’un des trois personnages légendaires du compagnonnage : Maître Jacques. Une fois de plus on voit combien est infondé le préjugé moderne qui accentue la séparation entre « opératifs » et monde savant.

La singulière œuvre maçonnico-théosophique du Frère François-Nicolas Noël (1761-1827) est un continent. Nous avions proposé, il y a quelques années, une édition critique – par Jean-Pierre Laurant – de son discours sur « La géométrie du Maçon » (RT n°109, p. 3-18). Nous revenons aujourd’hui sur ces étonnants manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale de France, pour explorer ses conceptions quant au symbolisme de la croix. Conceptions d’autant plus intéressantes pour le Maçon, que Noël en fait un prolongement du symbolisme de la pierre cubique. Au-delà de l’analyse, nos lecteurs apprécieront ces extraordinaires dessins, mi-œuvres d’art, mi-supports de méditation.

http://www.renaissance-traditionnelle.com/