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RT n°180 : Renaut de Montauban aux origines du mythe d’Hiram

4-Renaud-de-MontaubanLe n° 180 de Renaissance Traditionnelle vient de sortir des presses. Il est entièrement consacré à une question essentielle de l’histoire des rites, symboles et légendes maçonniques : les sources du mythe d’Hiram. Dans les années 1725/30, l’histoire du destin tragique de l’architecte du Temple de Salomon devient la base du « nouveau » grade de maître et donc l’aboutissement de l’enseignement du « métier ». Mais en associant une légende, et non simplement une série de symboles, au rituel d’un grade, la légende d’Hiram inaugure aussi un schéma sur lequel seront constitués les « autres grades », ces « hauts grades » si importants dans l’histoire maçonnique.

Dans son livre Hiram et ses frères, Roger Dachez a pu reconstituer les principales étapes de la formation du grade de Maître dans la première franc-maçonnerie spéculative au début du XVIIIe siècle. Il citait le roman de Renaut de Montauban comme une des sources possibles de la légende d’Hiram tant les destins des deux personnages semblent parallèles. Dans A plus hault sens : l’ésotérisme spirituel et charnel de Rabelais, Claude Gaignebet avait publié des images populaires naïves et troublantes où l’on voyait Renaut recevoir un coup de marteau sur le front. Après l’analyse de la formation du grade de Maître et la multiplication des indices d’une parenté étroite entre Hiram et Renaut, il convenait de s’attaquer au cœur du sujet. Gaël Meigniez nous propose aujourd’hui un consistant dossier sur Renaut de Montauban, ses histoires, leur ancienneté, leurs variantes, leur diffusion. C’est une véritable enquête dans l’imaginaire symbolique qui permet de conforter l’hypothèse et de repérer les points d’accroche qui font le pont entre la légende médiévale et la figure symbolique centrale de la franc-maçonnerie.

La démonstration est convaincante et montre comment, au-delà de ses sources directes, la franc-maçonnerie plonge aussi ses racines fort loin dans le corpus symbolique de l’Europe d’autrefois. Elle est bien sûr une institution du XVIIIe siècle, mais, derrière les formes du siècle des Lumières, apparaît souvent un fond symbolique bien plus ancien. Nos rituels sont des sortes de palimpsestes. En grattant un peu, affleure vite un enseignement sorti de la nuit des temps

Pour le commander : rt92info@gmail.com

ou http://www.renaissance-traditionnelle.com

 

1744 : Un document maçonnique exceptionnel mis à jour aujourd’hui chez Christie’s

Toulouse-1744-Frontispice-LegAujourd’hui, mardi 15 décembre 2015, la célèbre maison de ventes aux enchères Christie’s dispersait la magnifique collection du riche amateur Maurice Burrus (1882-1959). Maurice Burrus rassembla, entre autres, un exceptionnel ensemble de livres et manuscrits anciens. La « vacation » de ce jour, avenue Matignon – le siège parisien de Christie’s – concernait les « livres à reliure », c’est-à-dire les ouvrages collectionnés pour la beauté ou l’originalité de leur reliure. Parmi les 229 « numéros » proposés, quatre belles reliures maçonniques (les n°67,68, 69 et 70). Mais, après un examen attentif, l’élégant habillage de cuir marqué d’or du n°67, révélait aussi un document important pour l’histoire de la franc-maçonnerie en France. Il s’agissait en effet du livre d’architecture de la « Loge de Saint-Jean » de Toulouse pour l’année 1744.

Rappelons qu’à ce jour le plus ancien registre de procès verbaux d’une loge en France est celui de la loge « Coustos-Villeroy » à Paris en 1737. Registre saisi par la police et aujourd’hui conservé dans le fonds Joly de Fleury de la Bibliothèque national. Après… rien avant les années 1750, et encore sont-il fort rares, comme le très intéressant registre de la loge parisienne « L’Écossaise du Secret » de Jean-Pierre Moët heureusement acquis par la bibliothèque de la Grande Loge de France il y a quelques années. C’est dire tout l’intérêt de ce recueil des pièces constitutives et des débats pour l’année 1744 de cette première loge de Toulouse. Première loge ? Pas tout à fait puisque les Frères fondateurs affirment leur intention d’entretenir de bonnes relations avec « la loge fondée à Toulouse par la V:.F:. de Barnevall ». L’atelier installé en 1741 par le comte Richard de Barnewall, Maçon irlandais et parent du Grand Maître de la Grande Loge d’Irlande, leur était effectivement antérieur.

La loge est créée le 24 juin 1744 « pour travailler paisiblement selon les règles de l’architecture mystique ». La fondation se fait grâce à l’entremise du comte de Mailly qui est encore présenté comme « Député Grand Maître du T:.R:. Duc d’Antin » (d’Antin est mort le 9 décembre 1743 et le comte de Clermont a été élu Grand Maître le 13 décembre). Sans doute le procès-verbal fait-il état d’échanges préparatoires à la constitution de la loge quelques mois auparavant, avant la mort du duc. Le registre présente les copies des courriers envoyés à Paris et le texte de la patente finalement accordée par la Grande Loge. Tous documents du plus haut intérêt pour l’historien maçonnique.Toulouse-1744-1ere-page-Leg

Mais l’un des passages les plus captivants sont les quelques pages qui rendent compte en détail de « L’affaire du feu d’artifice ». En effet, en septembre 1744, pour célébrer le rétablissement de Louis XV qui avait failli mourir, les Maçons toulousains, comme beaucoup de Français, avaient organisé des réjouissances publiques… sous la forme d’un monument éphémère et ésotérique mis en lumière par un feu d’artifice. La Bibliothèque du Grand Orient dispose du seul exemplaire connu de la plaquette publiée à cette occasion. Le registre de la loge donne de nombreux détails supplémentaires sur ce singulier projet qui est l’occasion d’une véritable planche symbolique (nous avons relaté l’épisode dans le chapitre 2 de nos « Curiosités maçonniques »).

Ce rare manuscrit a été vendu par la librairie Dorbon, c’est tout du moins ce que nous dit Michel Taillefer, l’historien de la Maçonnerie toulousaine, qui en avait eu connaissance par une notice de catalogue mais n’avait pu malheureusement en retrouver la trace au moment de ses recherches.

En raison de ses liens étroits avec l’histoire de Toulouse au XVIIIe siècle, et après échanges avec le Musée de la franc-maçonnerie, c’est finalement la Bibliothèque municipale de Toulouse qui a fait préemption sur cette pièce exceptionnelle. Préemption réussie cet après-midi et qui va permettre aux chercheurs de bénéficier d’éléments nouveaux et importants sur l’histoire de la franc-maçonnerie française dans les années 1740.

1815-2015 : il y a 200 ans le Rite Écossais se réorganisait en France

L'Ecossais-LegHier, vendredi 4 décembre 2015, le Suprême Conseil Grand Collège du Rite Écossais Ancien Accepté du Grand Orient de France a clos le cycle de manifestations qu’il avait organisées sous l’intitulé : « 2015, année de l’écossisme ». Il s’agissait de commémorer le bicentenaire de l’union renouvelée, en 1815, entre le Rite Écossais et le Grand Orient de France. Union renouvelée qui se traduisait par la formation du Grand Consistoire des Rites près le Grand Orient de France en octobre 1815, après l’effacement du premier Suprême Conseil (1804-1814). Un numéro spécial de L’Écossais a été entièrement consacré aux événements de 1815, événements qui ont engendré les deux Suprêmes Conseils historiques qui ont administré les hauts grades du Rite Écossais en France pendant tout le XIXe siècle et jusqu’à aujourd’hui. Il est donc particulièrement important de comprendre les enjeux de ces débats de 1815 qui sont fondateurs pour la pratique des hauts grades écossais en France.

Ce numéro de L’Ecossais est proposé au prix exceptionnel de 15 Euros (port compris) et peut-être commandé à :

A.M.H.G., 16 rue Cadet – 75009 Paris

(Chèque de 15 Euros à l’ordre de A.M.H.G.)

 

PRÉFACE

par le T∴P∴S∴G∴C∴ Jean-Pierre Cordier

 

I – DE L’ÉCOSSISME

PEUT-ON PARLER D’UNE CULTURE ÉCOSSAISE?

Dialogue entre Pierre Piovesan et L’Écossais

 

TABLEAU SYNOPTIQUE DE L’ÉCOSSISME

par Jean Guglielmi, MESC et Pierre Mollier, 33e

 

II – DU RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ACCEPTÉ ET DE LA SOUVERAINETÉ DU GRAND ORIENT DE FRANCE

1815 : DU SUPRÊME CONSEIL AU GRAND CONSISTOIRE DES RITES POUR LA FRANCE, LE GRAND ORIENT DE FRANCE RÉAFFIRME SA SOUVERAINETÉ SUR LE RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ACCEPTÉ par Pierre Mollier, 33e

ANNEXE 1 – LA GRANDE LOGE DE CONSEIL ET D’APPEL

ANNEXE 2 – LA CENTRALISATION DES RITES, PROJET ET CONTRE PROJET

ANNEXE 3 – PROCÈS-VERBAL D’INSTALLATION DU GRAND CONSISTOIRE DES RITES (FAC-SIMILÉ)

 

ESSAI BIOGRAPHIQUE SUR LES PRINCIPAUX RESPONSABLES DE L’EXÉCUTIF DU RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ACCEPTÉ-GRAND ORIENT DE FRANCE (1804-1835) par Yves Hivert-Messeca, MASC

PRÉSENTATION DU FAC-SIMILÉ DU PREMIER LIVRE D’ARCHITECTURE DU SUPRÊME CONSEIL (1804-1812) par Alain de KEGHEL, 33e, MASC

 

III – DES RITUELS DE 1815

PRÉSENTATION ANALYTIQUE ET COMMENTÉE DES RITUELS DU 19e AU 33e GRADE DU RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ACCEPTÉ PRATIQUÉS À PARTIR DE 1815 PAR LES ATELIERS DU GRAND CONSISTOIRE DES RITES DU GRAND ORIENT DE FRANCE par Jean-Pierre Donzac, MESC, Jean Guglielmi, MESC, Alain Lefebvre, MASC et Jean Henry Passini, MASC

  1. Introduction à l’étude des rituels du 19e au 30e grade du Rite Écossais Ancien Accepté pratiqués à partir de 1815 par les Ateliers du Grand Consistoire des Rites du Grand Orient de France
  2. Première liasse : fac-similé des rituels 19e au 30e grade «Ch∴ des G∴El∴K∴»
  3. Deuxième liasse : fac-similé du rituel du 32e grade « Prince du Royal Secret »
  4. Présentation analytique et commentaires du premier cahier des rituels 19e au 30e grade et du cahier du rituel du 32e grade

 

IV – PORTRAITS DE GRANDS COMMANDEURS

PIERRE-GÉRARD VASSAL (1769-1840)

T∴P∴S∴G∴C∴ 1827-1829

T∴P∴S∴G∴C∴ 1833-1834 (1re réélection)

T∴P∴S∴G∴C∴ 1839-1840 (2e réélection)

 

CAMILLE SAVOIRE (1869-1951)

T∴P∴S∴G∴C∴ 1923-1935

 

JOANNIS CORNELOUP (1898-1978)

T∴P∴S∴G∴C∴ 1958-1962

Les grades maçonniques du Saint Sépulcre au XVIIIe siècle : une chevalerie méconnue

Ordre-du-Saint-Sépulchre-sceau-LegJérusalem est bien loin ! Les quelques Ordres de chevalerie du Moyen Âge qui subsistent encore au XVIIIe siècle sont devenus des décorations et permettent surtout d’attribuer des pensions aux plus fidèles serviteurs du Roi. Vers 1730-1740, différents cercles maçonniques veulent recréer une vraie voie chevaleresque, qui unisse à nouveau idéal spirituel et action dans le monde. C’est l’origine de la chevalerie maçonnique et de plusieurs de ses hauts grades. Ils visent à rassembler ce que l’histoire a dispersé : l’esprit et les rites de la chevalerie. De la fin du Moyen Âge au siècle des Lumières, l’esprit de la chevalerie est resté bien vivant dans toute une littérature qui n’a cessé d’être lue. Quant aux rites, on peut encore les voir pratiqués en 1740, par exemple dans les cérémonies des Ordres de Saint-Lazare ou de Malte. On a justement fait le lien entre la réception de Ramsay dans l’Ordre de Saint-Lazare et son célèbre discours en loge. Discours qui connut un grand succès et où Ramsay défend l’idée d’une filiation entre la chevalerie médiévale et la franc-maçonnerie. Dès les années 1730-1740, les loges se mettent à pratiquer des cérémonies chevaleresques et à conférer des grades de « Chevalier de l’Orient » ou « Chevalier Kadosh ». Le principal modèle que la chevalerie maçonnique veut relever est bien sûr l’Ordre du Temple, avec son prestige et son auréole de mystères… Mais on découvre que l’Ordre médiéval du Saint Sépulcre a aussi inspiré les Maçons du XVIIIe siècle. Certains Frères – par ailleurs membres des confréries du Saint Sépulcre qui étaient alors encore très actives – l’ont reconstitué dans un cadre maçonnique. Ces grades et Ordres maçonniques du Saint Sépulcre sont un exemple méconnu de hauts grades chrétiens. En France, au début du XIXe siècle, le Souverain Chapitre Métropolitain du Rite Français inscrivit le Chevalier du Saint Sépulcre dans la 6e série du Ve Ordre comme 50e grade. On en trouve trace, à l’extrême fin du XVIIIe siècle… aux Etats-Unis ! Probablement le grade est-il parti outre-Atlantique par Toulon, Marseille ou Bordeaux dans les bagages de Maçons voyageurs. Sa pratique se développa aux Etats-Unis et, de là, il passa en Angleterre. En 1865, Robert Wentworth Little organisa le Grand Conclave « moderne » des Chevaliers de la Croix Rouge de Constantin dont le Chevalier du Saint Sépulcre devint un « appendant order », c’est-à-dire un grade associé. Depuis le XIXe siècle et jusqu’à aujourd’hui il est encore pratiqué dans ce cadre, y compris en France.

 

Retrouvez l’étude complète dans :

De la chevalerie rosicrucienne à la chevalerie templière, XIe colloque SFERE (Société Française d’Étude et de Recherche sur l’Écossisme)

– Une chevalerie méconnue : les grades maçonniques du Saint Sépulcre au XVIIIe siècle par Pierre Mollier

– Comment faut-il comprendre la chevalerie dans l’esprit du Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte par Thierry Boudignon

– L’imaginaire chevaleresque et les ordres de chevalerie maçonnique par Pierre Girard-Augry

à commander à SFERE, BP 10105 – 92704 Colombes Cedex, 15 Euros port compris (chèque à l’ordre de SFERE)

Renseignements sur : http://sfereco.free.fr/

Des sautoirs couleur Aurore ! Si les décors du Conseil de l’Ordre m’étaient contés…,

sautoir 1-LegUn nouvel article en ligne sur mon site. Découvrez la petite étude publiée il y a quelques années sur l’origine des « décors » maçonniques des dirigeants du Grand Orient.

Quelques mois après son initiation, le jeune maçon remarquera parmi les visiteurs qu’honore spécialement sa loge, ou dans le cadre de manifestations importantes rassemblant plusieurs ateliers, des frères arborant des décors maçonniques à part. Leur tablier et leur sautoir affichent un large galon d’un beau jaune souligné d’un fin liseré vert. A sa question ingénue, les membres de sa loge répondront avec un sourire entendu : « c’est un canari ! ». Il découvrira ainsi le surnom familier et amical dont on affuble, depuis des lustres, les membres du Conseil de l’Ordre. En effet, ces décors maçonniques particuliers sont l’attribut des dirigeants du Grand Orient de France. Pourquoi et depuis quand le jaune – « canari » ! – est-il le symbole de l’autorité maçonnique ? Comme souvent en Maçonnerie, et notamment au Grand Orient de France, c’est le fruit d’une longue histoire…

Pour lire – et même télécharger ! – l’intégralité de l’article, allez dans l’onglet « articles en ligne »

Le nouveau « Renaissance Traditionnelle » (n°179) entièrement consacré à l’Arc Royal

RT-179-024Le nouveau Renaissance Traditionnelle (n°179) vient de sortir des presses. Il va être expédié aux abonnés qui devraient le recevoir d’ici la fin de la semaine. Il est entièrement consacré au grade de l’Arc Royal.

Par sa richesse symbolique, par son importance dans la genèse et l’histoire des hauts grades, le Royal Arch reste un des grands sujets de la recherche maçonnique. L’étude de sa formation, de sa pratique et de son enseignement doit être une préoccupation régulière de l’historien comme du Maçon. Ainsi, ne faut-il pas se lasser de « remettre sur le métier » et « au centre du chantier » le grade de Royal Arch. Il joue un rôle substantiel dans presque tous les systèmes maçonniques. On pense, bien sûr, au classique – et quasi « canonique » – Royal Arch anglais et, à sa suite, aux variantes irlandaises, américaines… Mais il faut rappeler que le Chevalier de Royal Arch, treizième grade du Rite de Perfection puis du Rite Écossais Ancien et Accepté, est attesté dès le début des années 1760 et paraît aussi être une pièce essentielle du puzzle. Le Rite Français connaît, de même, une version très intéressante du grade dans son deuxième Ordre. Dans ce numéro 179 de Renaissance Traditionnelle, Bernard Dat présente et analyse un ancien rituel français de Royal Arch.

Disons-le d’emblée, le rituel proposé par ce manuscrit paraît très atypique dans le contexte français. Le grade qu’il décrit s’avère, par exemple, fort différent du Chevalier de Royal Arch généralement pratiqué par les Maçons français de cette époque. En fait, il semble bien que cette pièce soit une version française, réalisée à la suite d’un concours de circonstances inattendues, d’un grade venu d’Angleterre. C’est son premier intérêt tant les rituels britanniques du XVIIIe siècle sont rares (en fait, on n’en connaît qu’un, le Sheffield manuscript, qui plus est, assez tardif, vers 1790). En tout cas, il présente toute une série d’éléments typiques du Royal Arch d’outre-Manche : séquence du rituel « par trois », rôle du Grand Prêtre, atmosphère très religieuse… Bernard Dat nous propose d’ailleurs une hypothèse des plus convaincantes – et passionnantes – quant au milieu maçonnique franco-anglais dont il émanerait. Autre point notable, la présence de ce rituel dans les archives de L’Union Parfaite de La Rochelle qui montre que les contacts et les échanges entre Maçons britanniques et français, y compris en matière de rituels, se sont prolongés bien au-delà de la période fondatrice des années 1730.

Voilà en tout cas un beau document et une enquête très stimulante à découvrir, lire et relire, tant elle est riche et aborde des enjeux essentiels de la tradition maçonnique.

Renaissance Traditionnelle, n°179, juillet 2015 : Un rituel ancien de Royal Arch entre France, Angleterre et Irlande

Pour toute information et pour s’abonner : http://www.renaissance-traditionnelle.com

Deux nouvelles lettres maçonniques du Roi d’Araucanie

Orélie-Antoine-1862Tout récemment, peinant sur d’austères recherches dans les archives de l’Ordre, nous découvrîmes fortuitement deux perles. Sans doute en compensation de ces travaux arides, le Grand Architecte mit en effet sous yeux deux nouvelles lettres maçonniques du F:. Orélie-Antoine de Tounens (1825-1878). L’histoire d’Orélie-Antoine est celle de « L’homme qui voulut être Roi ». Il était une fois un avoué à Périgueux qui se réveilla un jour avec l’idée que son destin était d’être Roi dans l’une de ces terres nouvelles que l’Europe finit de découvrir. Quelques temps après, il s’embarque pour l’Amérique du Sud et, à la suite de pérégrinations romanesques, est reconnu pour Roi par les Mapuches d’Araucanie qui luttent alors contre l’annexion de leurs terres par la République du Chili. Son règne ne dure guère plus d’un an avant que l’armée chilienne ne réduise la révolte mapuche, mette leur singulier roi à l’ombre, puis le renvoie à Paris. Or « Orélie-Antoine 1er d’Araucanie et de Patagonie » a longtemps été un honorable membre de la Loge du Grand Orient de France de Périgueux : « Les Amis Persévérants et l’Étoile de Vésone ». Il fit donc largement appelle à ses Frères pour soutenir son expédition puis, par la suite, pour essayer de reconquérir son royaume.

Sceau-AraucanieLes deux lettres providentiellement mises à jour sont des courriers au Frère Chassin, alors Vénérable de la Loge de Bordeaux Les Francs Chevaliers de Saint-André d’Écosse. Le premier, du 20 octobre 1863, annonce la sortie du livre « Orélie-Antoine 1er roi d’Araucanie et de Patagonie, son avènement au trône et sa captivité au Chili, relation écrite par lui-même » et sollicite la Loge pour qu’elle en fasse la promotion auprès des journaux bordelais. Le Roi reçut-il une réponse encourageante ? Toujours est-il qu’il écrit, le 24 novembre 1863, une seconde missive aux Francs Chevaliers de Saint-André d’Écosse, demandant cette fois un soutien plus global à sa cause :

Let-Orélie-Antoine-FM-AR-113-2-550-f°26

« T:.[rès] C:.[her] V:.[énérable],

Je viens invoquer votre appui pour ma cause qui est celle de la France, car, comme je le dis dans mon livre que j’offre en cadeau à la respectable [Loge] que vous avez la faveur de présider et comme cela résulte des pièces du procès que m’a fait le Chili, ma prise de possession de l’Araucanie et de la Patagonie n’était, dans ma pensée, que le point de départ d’une colonie française.

Votre patriotisme et la f:.[raternité] qui nous unit sont un sûr garant de l’empressement que vous mettrez ainsi que tous nos f:.[rères] dans la propagation de mon livre.

Recevez, T:.C:.V:. mes sincères remerciements et mon d:.[évouement] f:.[raternel]

Pce O. A. de Tounens »

Dans l’une des deux lettres on peut admirer le magnifique sceau du Royaume d’Araucanie… en exil. Dans les quinze années qui lui restaient à vivre, toujours en quête de son royaume perdu, Orélie-Antoine connaitra encore bien des aventures. Des décennies plus tard, son épopée improbable inspirera écrivains et poètes.

Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_de_Tounens

De l’écossisme aux Stuarts : le n° 177-178 de Renaissance Traditionnelle

Ce numéro 177-178 de Renaissance Traditionnelle sort des presses au moment où se tient à Paris, dans le cadre prestigieux de la Bibliothèque nationale de France, une grande conférence internationale d’histoire de la franc-maçonnerie. RT en est partenaire et associée pour l’occasion à deux autres importantes revues : les Ars Quatuor Coronatorum britanniques et Heredom, la revue de la Scottish Rite Research Society américaine. Nous proposons donc ici, en quelque sorte, un échantillon de la recherche maçonnique francophone. L’abbé Prévost reste un des grands noms de la littérature française du XVIIIe siècle avec son célèbre Manon Lescaut que nous étudions encore au Lycée. Christophe de Brouwer nous apprend que cet aventureux abbé est aussi l’auteur de l’un des premiers textes en français sur la franc-maçonnerie. Il nous restitue ses sources et nous retrace son contexte. Le nom de Valois apparaît à plusieurs reprises dans les débuts de l’écossisme. Après de longues recherches, Louis Trébuchet a pu identifier Charles de Valois et nous présente cette personnalité du milieu maçonnique parisien des années 1740-1750. Derrière l’homme, c’est le profil intellectuel et culturel que retiendra l’historien. Hauts grades toujours avec ce Manuscrit Saint-Domingue 1764 qui apparaît maintenant, sans conteste, comme un témoignage essentiel sur le système propagé par Etienne Morin à Saint-Domingue dans les années 1760. Il présente le premier état de ce qui deviendra, après un détour par les États-Unis, le Rite Écossais Ancien Accepté. On pourrait reprendre, en l’adaptant, la formule provocante de David Stevenson à propos des origines de la franc-maçonnerie : finalement le REAA est un gâteau fait et cuit en France avec un glaçage américain ! N’oubliez pas au passage d’admirer ce magnifique tableau du Royal Secret que l’on peut maintenant dater de 1764. Hervé Hoint-Lecoq nous propose une étude originale et pionnière avec un itinéraire dans les Loges des grandes villes en suivant les guides de voyage du XVIIIe siècle. C’est une véritable empreinte de la sociabilité cosmopolite que la Maçonnerie met en œuvre dans l’Europe des Lumières. Les Stuarts et la franc-maçonnerie, quel sujet plus mythique ? Nos lecteurs découvriront des documents authentiques attestant que, in fine, Charles Edouard a bien assumé la charge de Grand Maître de l’« Ordre du Temple de Saint-Jean » et a été « reconnu comme tel » par les Maçons. Du Temple encore avec Louis-Théodore Juge, personnalité de la Maçonnerie parisienne de la monarchie de Juillet, un temps fouriériste, qui aimait à se présenter comme « Grand Maître du Conseil de Kadosh de la Clémente Amitié, Grand Bailli de l’Ordre du Temple ». Marc Mirabel et Thierry Boudignon mettent un visage et une vie sur ce nom rencontré tant de fois dans les archives. Ce numéro s’achève par un complément passionnant de « Johannes, eques a Clara Luce » sur l’héraldique des CBCS et une consistante note de lecture de Pierre Lachkareff sur les ouvrages importants publiés récemment par Yves Hivert-Messeca. Voilà donc un beau programme pour ce numéro qui inaugure la… quarante-sixième année de notre revue 
Pour acquérir le n° voir : http://www.renaissance-traditionnelle.com

Un ecclésiastique féministe et franc-maçon en 1788

Bois-Neuf-Soeurs-LegUne loge symbolise presque à elle seule les liens entre les Lumières et la franc-maçonnerie : Les Neuf Sœurs. Fondée par Helvetius, puis dirigée par l’astronome Jérôme Lalande, on y retrouve une bonne partie du Paris intellectuel et artistique des années 1770-1780. La plupart des membres accueillirent avec ferveur les « idées nouvelles de 1789 », comme le Frère abbé Jacques Rangeard (1723-1797) qui fut d’ailleurs député d’Angers aux États généraux. Dans les premières années de la Révolution, elle créa une « Société nationale des Neuf Sœurs » pour participer au débat public et publia une revue. On y découvre un poème du Frère Rangeard qui est une défense des femmes et une profession de foi pour l’égalité des sexes. Dans une petite note, il nous dit l’avoir écrit en 1788, un an avant « les événements ». C’est une pièce, nous semble-t-il inconnue, à verser au dossier de l’histoire du féminisme. Nous remercions notre ami Laurent P. de nous avoir signalé ce texte intéressant.

 

Révolution frappante

Dans l’état et les mœurs des femmes

 

L’Homme du créateur fut, comme on le sait, l’ouvrage

Sous ce nom d’homme sont compris

Les deux sexes formés, chacun, à son image

L’un d’eux eut la force en partage

L’autre, de la beauté connaissant tout le prix,

En fit son premier apanage

[…]

La femme, disait-on, devait en conséquence

De l’homme son aîné, son oracle, son roi

Suivre les volontés, lui soumettre sa foi,

Et d’un maître absolu chérir sa dépendance

De la tous ces crimes divers

De la loi du plus fort effets impardonnable

[…]

De deux êtres égaux cette inégalité

Qu’établissent entr’eux tous nos codes barbares

Et de la ce pouvoir, cet empire usurpé

[…]

Imbéciles prôneurs des antiques usages

Nous regrettons l’esprit, les mœurs des premiers âges

[…]

Le monde gouverné se couvrit autrefois

De tristes préjugés, d’erreurs et de ténèbres

Mais il est dissipé le prestige odieux

Qui longtemps du beau sexe a fasciné les yeux

Tous les goûts, tous les arts ont éclairé son âme

Le génie à sa voix et le suit et l’enflamme

[…]

Le beau sexe s’est élevé

Jusqu’à la sublime épopée

Ainsi par le talent les deux sexes rivaux

A la gloire tout deux marchent à pas égaux

Concluons avec assurance

Qu’enfin de la raison l’homme écoutant la voix

Doit abaisser sa morgue, et réformer ses lois,

Du beau sexe chérir la nouvelle existence

Et respecter les droits dont le ciel l’a doté

Non pas sans doute encore à la prééminence

Mais du moins à l’indépendance

Et sur-tout à l’égalité

 

 

La première prière des francs-maçons français

Bois-Delta-1809En 1737, le premier ministre de Louis XV, le cardinal Fleury, décide d’interdire la franc-maçonnerie. Il croit y voir un nouveau masque du Jansénisme, son obsession. Cette interdiction se traduit par des descentes de police dans les quelques loges qui continuèrent un temps à travailler. Le fonds Joly de Fleury de la Bibliothèque nationale conserve les pièces saisies lors de ces opérations. Ce sont les plus anciens documents maçonniques français. Parmi ces papiers, une prière notée maladroitement sur une feuille volante comme aide-mémoire, sans doute la première prière des francs-maçons français.

« Dieu éternel le grand architecte et inventeur de l’univers créé ; fait que nous, tes serviteurs, qui sont déjà entrés dans la très noble, ancienne et honorable fraternité, que nous puissions être solides et pensifs et toujours avoir une souvenance des choses secrètes et bénies que nous avons appris sur nous ; et fait que cette personne qui se présente pour être fait maçon, qu’il soit un véritable frère parmi nous, fait que lui et nous tous vivions comme il convient aux maçons. Et vous , Ô Dieu, donnez-nous une intelligence en toutes nos entreprises, donnez-nous des forces pour supporter toutes difficultés, et beautés pour orner la grande loge dans le Royaume du Grand Jéova . Amen »

Un serviteur dans la très noble, ancienne et honorable fraternité