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Le Rite Français et la Bible

[Introduction et conclusion d’un article qui vient de paraître dans Joaben]

Sceau-Gd-Chap.LégerLe Rite Français et la Bible, voilà un sujet intéressant mais délicat. Délicat tout d’abord parce que c’est une question compliquée à traiter sur le plan de la méthode. Délicat ensuite parce que, bien sûr, les conclusions d’une telle enquête peuvent – certains diraient doivent – avoir des conséquences sur notre pratique actuelle du Rite Français. En cette matière comme en d’autres, on a l’idée qu’un objet prend, à sa naissance et dans ses premières années, des traits qui deviennent constitutifs de son identité. Les rapports du Rite Français et de la Bible au XVIIIe siècle pourraient donc ne pas être un enjeu purement académique. La question est aussi difficile sur le plan de la méthode. Déjà par son objet : Que va-t-on prendre comme référence du Rite Français ? les grades symboliques ? les hauts grades ? les deux ? Doit-on considérer comme Rite Français la pratique maçonnique du XVIIIe siècle en France ? ou va-t-on se concentrer sur la version adoptée par le Grand Orient en 1785 et connue sous le nom de Régulateur du Maçon ?

Pour mieux cerner les relations du Rite Français avec la Bible, nous proposons d’aller de l’un à l’autre de ces textes qui incarnent chacun un aspect du Rite Français. C’est justement ces allers-retours entre leurs différentes facettes qui nous permettront de mieux saisir les rapports avec la Bible et leurs éventuelles évolutions. Par convention, nous appellerons « Rite Français du XVIIIe siècle » les usages des Loges françaises entre 1740 et 1780, c’est-à-dire ce « Rite des Modernes » importé en France dans les années 1720, enrichi et utilisé tout au long du siècle des Lumières. Nous utiliserons comme texte de référence des trois premiers grades une petite plaquette intitulée Corps complet de Maçonnerie adopté par la R. G. L. de France. C’est un rituel probablement édité par la Première Grande Loge de France – ou l’une de ses factions – quelques années avant sa transformation en Grand Orient vers 1770. Il nous semble bien rendre compte de la pratique maçonnique des Loges françaises entre 1760 et 1780. Pour les hauts grades, nous nous référerons à des manuscrits qui nous paraissent proposer des versions classiques des grades d’Élu, d’Écossais, de Chevalier d’Orient et de Rose-Croix avant 1780. Pour ce qui est de la version « canonique » du Rite Français fixée par le Grand Orient en 1785 – et par le Grand Chapitre à la même époque – nous nous fonderons sur Le Régulateur du Maçon et Le Régulateur des Chevaliers Maçons. Même si ces publications ont été imprimées au tout début du XIXe siècle, elles ne présentent que des différences infimes avec les textes votés en 1785. Explorer les relations du Rite Français et de la Bible c’est donc en premier lieu étudier la présence des thèmes et des références bibliques dans le Rite Français du XVIIIe siècle, puis ensuite analyser comment ces éléments bibliques ont été traités dans la version fixée par le Grand Orient en 1785.

[…]

À ses origines, le Rite Français du XVIIIe siècle entretient donc des liens étroits avec la Bible et met en œuvre un rituel marqué par une atmosphère religieuse. Mais la codification élaborée en 1785 par l’équipe qui travaille autour de Roëttiers de Montaleau, au sein du Grand Orient puis du Grand Chapitre, en présente une version fortement laïcisée. Presque toutes les références bibliques ou les connotations religieuses, abondantes dans les textes originaux, en ont été estompées. Si, par leur date de rédaction, Le Régulateur du Maçon et Le Régulateur des Chevaliers Maçons sont des textes du XVIIIe siècle, par leur esprit, ils annoncent les rituels du XIXe siècle. Les circonstances de leur fixation leur donnent un double caractère. D’un côté, ils restent fidèles aux cérémonies d’une première Maçonnerie française très marquée par les références bibliques, mais, de l’autre, ils ont estompé dans le texte même du rituel les citations ou les références ostensibles à « l’Écriture Sainte ». C’est cet équilibre entre tradition et modernité, cette laïcité biblique – ou cette « biblicité laïque » pour ceux qui ne souhaitent pas apposer d’adjectif au mot laïcité ! – qui fait, à notre sens, la richesse et l’intérêt de la version Roëttiers de Montaleau du Rite Français.

Vous pouvez retrouver l’ensemble de l’étude dans le dernier numéro de Joaben-la revue, Dossier spécial « Sources et esprit du Rite Français », actes du colloque co-organisé le 24 octobre 2015 par le Grand Chapitre Général du Grand Orient de France et le Grand Chapitre Français de la GLNF

http://www.conform-edit.com/revues-maconniques/joaben2013-07-25-20-12-12_/joaben-n-disponibles/joaben6-detail