Rassembler ce qui est épars

Accueil » Articles posted by Le bibliophile maçon

Author Archives: Le bibliophile maçon

Les Ms Copiales au sommaire de RT 183

Le numéro 183 de Renaissance Traditionnellert-183-couverture vient de sortir des presses. Il présente la très curieuse affaire des manuscrits « Copiales ». Rappelons les faits. En 2011, les médias se font écho de la découverte d’un étonnant manuscrit codé et relatent les efforts d’une équipe de spécialistes, appuyée par un puissant outil informatique, pour « casser » le code. C’est d’ailleurs un des rares exemples où ce qui va se révéler être un problème d’érudition maçonnique va faire l’objet d’articles dans la « grande presse » comme Le Monde ou Le Figaro. Une fois le code percé, on découvre que ces manuscrits contiennent les statuts et les rituels d’une société secrète allemande du XVIIIe siècle ayant beaucoup de rapports avec la franc-maçonnerie. Pour notre part, nous n’avions pas été très sensible à ce qui nous était alors surtout apparu comme un « coup médiatique ». Il y a eu au XVIIIe siècle beaucoup de sociétés paramaçonniques. Notre expérience des « alphabets maçonniques » nous rendait sceptique sur la nécessité d’une équipe de cryptologues et d’ordinateurs pour venir à bout de codes qui sont surtout symboliques et dont la clef est la plupart du temps élémentaire. Nous avions tort.

Si, en France, personne ne se soucia vraiment des « manuscrits Copiales », cet épisode singulier retint l’attention de nos amis belges. Dans le prolongement de celui rassemblé pour le célèbre documentaire « La Clef écossaise », un groupe de travail se constitua autour de Tristan Bourlard et Stéphane Van Assche. Son objet : étudier et tenter de mieux comprendre ce mystérieux manuscrit. La Loge La Belle Alliance et la Loge d’étude L’Âne d’Or furent associées au « projet Copiales ». C’est lors d’une visite à L’Âne d’Or, que Claude Weiler – à qui avait incombé la difficile mission de la traduction – attira notre attention sur l’intérêt des « Copiales » pour l’histoire maçonnique. En effet, à la suite des textes relatifs à cette étonnante « société des Oculistes », les Copiales comprenaient une présentation de la Maçonnerie qui semblait très précoce, avec notamment beaucoup d’éléments sur les premières Loges « écossaises ». Nous sommes donc particulièrement heureux de mettre à la disposition du public francophone la belle et savante traduction de Claude Weiler et ainsi de permettre un accès aux riches informations historiques des manuscrits Copiales. Dans la foulée de ce document passionnant, nous proposons des pistes pour une nouvelle approche des débuts de l’Écossisme.

Au début du XIXe siècle, « Le Prado » fut un haut lieu du Paris maçonnique. À tel point d’ailleurs que, pendant quelques années, l’un des Suprêmes Conseils qui se disputaient alors la souveraineté sur les hauts grades du Rite Écossais fut dénommé « Suprême Conseil du Prado ». Or on savait fort peu de chose sur « Le Prado », beaucoup d’historiens maçonniques le situant même fautivement sur la carte de la Capitale. Jacques Tuchendler nous propose aujourd’hui une étude approfondie sur ce lieu où se mêlèrent longtemps vie maçonnique… et vie parisienne !

RT 183 – Les manuscrits Copiales :

Une nouvelle source sur les débuts de l’écossisme

Sommaire :

– Les manuscrits Copiales, une découverte singulière : présentation historique, par Claude Weiler

– Copiales 1 et 2, traduction française, par Claude Weiler

– Un « Maître écossais » archaïque aux sources de l’Écossisme. Aurait-on, enfin, découvert le premier haut grade ?…, par Pierre Mollier

– Le Prado : un lieu oublié de l’histoire maçonnique, par Jacques Tuchendler

Vous pouvez le commander sur le site : http://renaissance-traditionnelle.com/

1803-1838 : Les vrais Maçons ne regardent pas la couleur de l’épiderme

Sceau-du-Conseil-30e-Leg

Sceau du Conseil de Kadosh La Restauration de La Vérité dont était membre le Frère Dieudonné

Faisant des recherches pour un ami érudit maçonnique américain, nous sommes tombés sur des archives complètement inconnues et qui nous paraissent passionnantes pour mieux comprendre l’état d’esprit de certains milieux maçonniques à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe. L’une des grandes questions est bien sûr celle du « préjugé de couleur », notamment dans la si importante Maçonnerie des Antilles. Le Grand Orient de France a eu une Loge à Puerto Rico : La Restauration de la Vérité, qui a vécu – plus ou moins difficilement – de 1821 à 1848 à Mayaguez, la troisième ville de l’île. Elle a été fondée par des Frères réfugiés de Saint-Domingue dont la plupart étaient nés autour des années 1770-1780. Ils sont devenus Maçons à Saint-Domingue soit à la fin du XVIIIe siècle soit dans les toutes premières années du XIXe. Le nom de la Loge s’explique d’ailleurs par cette origine puisque la R:.L:. La Vérité était une des plus prestigieuses Loges de Saint-Domingue avant la Révolution. Une lettre écrite au Grand Orient de France en 1838 donne des informations du plus haut intérêt sur l’un de ces Frères qui vient de mourir :

« TT:. CC:. et TT:. RR:. FF:. Nous déplorons la perte d’un ami de l’Humanité, le vertueux F:. Dieudonné qui mourut quelques jours avant celui de nos élections. Les vrais Maçons ne regardent pas la couleur de l’épiderme: le F:. Louis Dieudonné était noir. Il naquît à Port-au-Prince, Ile de Saint-Domingue, à peu près dans l’année 1771. Dans l’année 1803, étant chef de brigade de l’armée française haytienne, il devint membre de la R:.L:. Le Choix des Hommes à l’Or:. de Jacmel. A peu près à la même époque, étant commandant de la dite place, il sauva la vie à des centaines de Français et émigra avec eux. A Mayaguez, chéri des Blancs et aimé de tous les hommes, il faisait partie de tous les ateliers maçonniques, accordant au même temps ses actions aux principes de l’ordre ».

Signature-Dieudonné-Leg

Signature du Frère Dieudonné

Le Frère Dieudonné peut être identifié au colonel Dieudonné Jambon, d’abord officier de Toussaint Louverture avant de finalement rallier, après le départ puis la disparition de Toussaint, la cause française dans les rivalités entre généraux noirs, d’ou son exil à Puerto Rico. Le Frère Dieudonné fut un des piliers de la Loge La Restauration de la Vérité et des ateliers de hauts grades qui la complétaient. Il était « 32e ».

Le visage de l’un des premiers Maçons français découvert

Comte de Sade-1Dans les premières années de l’Ordre en France, les liens entre Maçons britanniques et français sont encore très forts. Quelques Français ont d’ailleurs été reçus Maçons lors de séjours à Londres. Le cas le plus célèbre est bien sûr celui de Montesquieu. Ainsi le British Journal du samedi 16 mars 1730 nous rapporte que :

« mardi soir [le 12 mars donc] à une Tenue de Loge à la Horn Tavern, dans Westminster, où étaient présents le Duc de Norfolk, Grand-Maître, Nathaniel Blakerby, vice Grand-Maître, et d’autres grands officiers, ainsi que le Duc de Richmond, Maître de la Loge, le marquis de Beaumont, Lord Mordaunt, le marquis de Quesne et plusieurs autres personnes de distinction, les nobles étrangers ci-dessous, Charles-Louis président Mon­tesquier (sic), Francis comte de Sade… furent reçus membres de l’Ancienne et Honorable Société des Francs-Maçons».

Si Montesquieu est bien connu, le second l’est surtout par son sulfureux fils, le marquis de Sade. Cette semaine une vente de la famille Sade – dont le marquis était naturellement la figure emblématique – nous permet de mettre un visage sur son père le comte et de découvrir ainsi les traits de l’un des premiers Maçons français. Mercredi dernier 15 juin, les commissaires-priseurs Tessier-Sarrou proposaient une série de souvenirs historiques de la famille Sade. On y trouvait naturellement beaucoup de pièces relatives au « Divin marquis ». Mais le principe de cette vacation était de ne retenir que les témoignages de la vie familiale et quotidienne à l’exclusion de ceux touchant ses mœurs particulières et sa spécialité littéraire (d’où d’ailleurs des enchères moins élevées que celles qui avaient été espérées). Notre ami Jean-Pierre L. a alors attiré notre attention sur le lot n°3, un magnifique portrait du comte de Sade, celui-là même qui fut reçu Maçon le 12 avril 1730 à Londres en compagnie de Montesquieu. Ajoutons que Jean-Baptiste de Sade poursuivit ensuite son parcours maçonnique en France où il rejoint l’une des premières Loges parisiennes : Saint-Thomas au Louis d’Argent. Nous pouvons donc maintenant mettre un visage sur l’un des premiers Maçons français connus.

Estimé entre 30.000 et 40.000 Euros, le portrait du comte de Sade trouva finalement acquéreur à 30.000 Euros « au marteau » (soit 39.000 avec les frais et taxes). Nous reproduisons ci-dessous la notice proposée par le catalogue Tessier-Sarrou.

Portrait de Jean Baptiste François de Sade (1701-1767), comte de Sade, père du marquis. Toile 84,5 x 64 cm. Une tradition familiale attribue ce tableau à Jean-Marc NATTIER. Provenance: Collection Xavier de Sade (selon une étiquette au revers).

Exposition: Sade un humanisme impossible, Cologny, Fondation Bodmer, 2014 – 2015.

Jean Baptiste de Sade, homme politique et libertin, était le père du célèbre écrivain, Donatien Alphonse François de Sade, dit le marquis de Sade. Entreprenant seigneur de Saumane et de Lacoste et coseigneur de Mazan, il quitte le Vaucluse pour la cour, devenant le favori et le confident du Prince de Condé. Il est connu pour avoir été un grand séducteur et un libertin prodigue. De grands noms de la cour se sont entichés de ses charmes, les duchesses de la Trémaille ou de Clermont. Son amour pour les femmes ira jusqu’à séduire la soeur de son confident, Mademoiselle de Charolais. Jean-Baptiste de Sade s’illustre également dans une carrière militaire et politique. D’abord Capitaine des dragons puis aide de camps lors des conquêtes de 1734 et 1735, il est nommé en 1739, lieutenant général des provinces de Bresse, Burgey, Valromey et Gex. Il est intermédiaire pour le compte de la couronne française lors d’une réunion secrète à Londres et il est fait ministre plénipotentiaire auprès de l’électeur de Cologne. Son apothéose politique est vite rattrapée par ses déboires et imprudences envers la maîtresse du roi Louis XV. Vers la fin de sa vie, il abandonne toutes occupations politiques et se retire dans l’abbaye Saint Victor de Marseille, à la recherche d’un apaisement spirituel. Jean Baptiste de Sade est un homme lettré. Il laisse derrière lui plusieurs manuscrits dont des recueils religieux et moraux et des recueils d’anecdotes ainsi qu’un ensemble de correspondances durant les guerres de 1741 à 1746.

Le plus beau manuscrit maçonnique français maintenant sur Gallica

Ms-Noel-LegPour les chercheurs – et les « cherchants » ! – qui s’intéressent à la dimension symbolique et initiatique de la franc-maçonnerie, il est une pièce mythique : le Manuscrit Noël. Il y en a en fait quatre – La Physique du Maçon (1812), La Géométrie du Maçon (1812), La Stéréométrie du Maçon (1812) et L’Alchymie du Maçon (1813) – reliés ensemble dans deux grands volumes et aujourd’hui conservés au fonds maçonnique de la Bibliothèque nationale. Le caractère exceptionnel des manuscrits Noël apparaît au premier regard. On est d’emblée frappé par ces dizaines d’étranges et magnifiques dessins aquarellés. Les visiteurs de l’exposition « La Franc-maçonnerie » à la BnF peuvent en ce moment découvrir le travail singulier du Frère Noël dans la partie intitulée « L’Esotérisme maçonnique ». Cette « science de la sagesse » qu’enseigne la Maçonnerie d’après Noël, c’est celle qui permet de voir la continuité de l’univers, du visible à l’invisible, des fondations du monde, aux réalités célestes les plus élevées. L’initié prend conscience de cette « chaîne d’or » qui lie tous les éléments de la création. Les constructions géométrico-théosophiques et le discours arithmosophique de Noël visent d’abord à établir des ponts, à franchir les discontinuités apparentes du monde profane. Passer du un au multiple, du ternaire au quaternaire, du carré au cercle ou de la matière à l’esprit, voilà les grands enjeux de notre théosophe. Les symboles de la franc-maçonnerie sont les outils qui permettent de faire apparaître ces liens subtils, encore faut-il savoir les comprendre… Heureusement le Frère Noël nous les explique (Voir mon article sur François-Nicolas Noël et ses conceptions ésotérico-maçonniques : PM-124-Noël-pierre-et-croix)

Jusqu’à présent, seuls quelques spécialistes avaient pu accéder et étudier les manuscrits Noël. Or depuis quelques jours, en complément des éléments présentés dans l’exposition, la BnF propose sur Gallica une numérisation complète du volume « FM Iconogr Atlas 2 » qui regroupe La Physique du Maçon et L’Alchymie du Maçon… soit 398 pages ! Il est accessible à tous à l’adresse http://bit.ly/1TOmE9T (pour ceux qui ne sont pas familiers avec Gallica, il y a un onglet sur le côté gauche qui permet de télécharger l’ensemble du manuscrit en PDF, c’est un peu lourd, mais avec un rien de patience cela marche très bien). Par ailleurs, l’association Esoshare a repris et retravaillé les images pour nous en proposer une version encore améliorée.

 

Héraldique surréaliste et maçonnique

Après la guerre André Breton, et à sa suite le mouvement Surréaliste, manifestent un grand intérêt pour l’hermétisme, les sciences occultes et les différents aspects de l’ésotérisme occidental (astrologie, alchimie…). Sans doute ces traditions leur semblaient baliser des chemins buissonniers vers les profondeurs oubliées de la psyché humaine et ouvrir la voie à des surgissements poétiques. Patrick Lepetit a présenté en détail et avec force documents le dossier de cet intérêt ésotérique du Surréalisme (Le surréalisme, parcours souterrain, Dervy, 2012). C’est dans cette perspective que certains surréalistes se sont aussi penchés sur l’héraldique. Une héraldique hermétisante bien éloignée de celle des médiévistes, mais qui trouve ses sources, et ses premières manifestations, dans le sillage du courant hermetico-kabbalistique de la Renaissance. La Science Héroïque de Vulson de la Colombière (1644) témoigne de cette sensibilité et de cette approche symbolique du blason.

Camacho-Leg

Les trois coups, par Jorge Camacho « La sagesse, comme les autres matières précieuses, doit être arrachée aux entrailles de la Terre »

Dans l’Almanach Surréaliste du demi-siècle (1950) Marcel Jean propose un curieux armorial des personnalités du Panthéon surréaliste qui unit fantaisie et parfaite orthodoxie héraldique. En 1978, le peintre surréaliste Jorge Camacho publie avec Alain Gruger une très belle et étonnante Héraldique Alchimique Nouvelle commentée par l’alchimiste Eugène Canseliet. Dans un autre genre il a aussi existé un Armorial ‘Pataphysique. Le blason qui concentre des signes sur une petite surface avec des règles formelles très contraignantes ne pouvait que fasciner ces artistes. Un poète surréaliste contemporain a repris ce projet de « détournement » créatif du blason.

David-Nadeau-Portrait-1-Leg

David Nadeau

David Nadeau anime la revue La vertèbre et le rossignol (qui vient de publier un passionnant numéro sur « Les Surréalistes et le mythe templier »). Il s’attache notamment à étudier les liens entre Surréalisme, initiation et franc-maçonnerie. Il nous propose quelques très intriguants blasons ésotérico-surréalistes en trois dimensions. Découvrons ces œuvres curieuses et singulières !

brouillard-Leg

Brouillard

Blason-maçonnique-1-Leg

Le pavé mosaïque

Ecu-du-GADLU-Leg

Armoiries du Grand Architecte de l’Univers

Hommage au Temple-Leg

Hommage à l’Ordre du Temple

Site de David Nadeau : https://lavertebreetlerossignol.wordpress.com

La revue La vertèbre et le Rossignol : http://www.lulu.com/fr/fr/shop/la-vert%C3%A8bre-et-le-rossignol/le-surr%C3%A9alisme-et-le-mythe-templier/paperback/product-22304244.html

Onde de choc dans la Maçonnerie américaine : une nouvelle affaire Morgan ?

Manif-US-antimaçonniqueDepuis quelques mois la franc-maçonnerie américaine connaît de très forts remous autour de la question de la discrimination. Plusieurs Grandes Loges ayant en effet déclaré que les « bonnes mœurs » que l’on exigeait des Frères excluaient l’homosexualité. Certaines allant jusqu’à des prises de positions officielles et même à des incitations à la démission pour des Maçons à l’homosexualité affichée. Face à cette hystérie antigay, de nombreux Frères et même quelques organisations maçonniques importantes comme la Grande Loge de Californie ou le Suprême Conseil du Rite Ecossais (SJ) ont rappelé que la Maçonnerie n’avait pas à s’immiscer dans ces questions et que tout le monde était bienvenu dans leurs ateliers. Ils ont aussi souligné combien ce genre de déclarations allait couper la franc-maçonnerie des jeunes générations très sensibles à cet enjeu.

Mais ces voix éclairées n’ont pas réussi à éteindre l’incendie naissant et plusieurs organisations anti-discriminations se sont emparer du sujet et ont commencé à mener des actions contre une franc-maçonnerie présentée comme un bastion homophobe. Une nouvelle étape a été franchie récemment avec une manifestation d’étudiants à UCLA (Université de Californie à Los Angelès) contre Margaret Jacob accusée d’être complice de l’homophobie maçonnique et sommée de renoncer au mécénat de son enseignement d’histoire maçonnique par les Grandes Loges (près de 100.000 dollars par an). Peu importe que Margaret Jacob professe à titre personnel des opinions très libérales et que l’essentiel de son financement provienne de la Grande Loge de Californie, qui a manifesté à de nombreuses reprises des positions anti-discriminationnistes ; on est dans le domaine de la « com’ » et du symbole.

La question gay est aussi en train de servir de point de fixation. Plusieurs intervenants y joignent le problème des « voies séparées » maintenues dans le Sud (entre Grandes Loges « caucasiennes » et Prince Hall) et, bien sûr… la question des femmes. La machine médiatique commence à s’emballer et les Maçons américains voient se dresser contre eux les organisations anti-discriminations si puissantes outre-Atlantique.

Une nouvelle « affaire Morgan » est-elle en train de naître? On sait qu’en 1829 un fait divers avait créé un vaste mouvement d’opinion hostile aux Loges qui avait presque détruit la franc-maçonnerie américaine.

Elle y avait finalement survécu… au prix d’importants changements…

Merci à Paul Rich pour toutes les informations sur cet important sujet.

http://www.masonbigotry.org/

Le Rite Français et la Bible

[Introduction et conclusion d’un article qui vient de paraître dans Joaben]

Sceau-Gd-Chap.LégerLe Rite Français et la Bible, voilà un sujet intéressant mais délicat. Délicat tout d’abord parce que c’est une question compliquée à traiter sur le plan de la méthode. Délicat ensuite parce que, bien sûr, les conclusions d’une telle enquête peuvent – certains diraient doivent – avoir des conséquences sur notre pratique actuelle du Rite Français. En cette matière comme en d’autres, on a l’idée qu’un objet prend, à sa naissance et dans ses premières années, des traits qui deviennent constitutifs de son identité. Les rapports du Rite Français et de la Bible au XVIIIe siècle pourraient donc ne pas être un enjeu purement académique. La question est aussi difficile sur le plan de la méthode. Déjà par son objet : Que va-t-on prendre comme référence du Rite Français ? les grades symboliques ? les hauts grades ? les deux ? Doit-on considérer comme Rite Français la pratique maçonnique du XVIIIe siècle en France ? ou va-t-on se concentrer sur la version adoptée par le Grand Orient en 1785 et connue sous le nom de Régulateur du Maçon ?

Pour mieux cerner les relations du Rite Français avec la Bible, nous proposons d’aller de l’un à l’autre de ces textes qui incarnent chacun un aspect du Rite Français. C’est justement ces allers-retours entre leurs différentes facettes qui nous permettront de mieux saisir les rapports avec la Bible et leurs éventuelles évolutions. Par convention, nous appellerons « Rite Français du XVIIIe siècle » les usages des Loges françaises entre 1740 et 1780, c’est-à-dire ce « Rite des Modernes » importé en France dans les années 1720, enrichi et utilisé tout au long du siècle des Lumières. Nous utiliserons comme texte de référence des trois premiers grades une petite plaquette intitulée Corps complet de Maçonnerie adopté par la R. G. L. de France. C’est un rituel probablement édité par la Première Grande Loge de France – ou l’une de ses factions – quelques années avant sa transformation en Grand Orient vers 1770. Il nous semble bien rendre compte de la pratique maçonnique des Loges françaises entre 1760 et 1780. Pour les hauts grades, nous nous référerons à des manuscrits qui nous paraissent proposer des versions classiques des grades d’Élu, d’Écossais, de Chevalier d’Orient et de Rose-Croix avant 1780. Pour ce qui est de la version « canonique » du Rite Français fixée par le Grand Orient en 1785 – et par le Grand Chapitre à la même époque – nous nous fonderons sur Le Régulateur du Maçon et Le Régulateur des Chevaliers Maçons. Même si ces publications ont été imprimées au tout début du XIXe siècle, elles ne présentent que des différences infimes avec les textes votés en 1785. Explorer les relations du Rite Français et de la Bible c’est donc en premier lieu étudier la présence des thèmes et des références bibliques dans le Rite Français du XVIIIe siècle, puis ensuite analyser comment ces éléments bibliques ont été traités dans la version fixée par le Grand Orient en 1785.

[…]

À ses origines, le Rite Français du XVIIIe siècle entretient donc des liens étroits avec la Bible et met en œuvre un rituel marqué par une atmosphère religieuse. Mais la codification élaborée en 1785 par l’équipe qui travaille autour de Roëttiers de Montaleau, au sein du Grand Orient puis du Grand Chapitre, en présente une version fortement laïcisée. Presque toutes les références bibliques ou les connotations religieuses, abondantes dans les textes originaux, en ont été estompées. Si, par leur date de rédaction, Le Régulateur du Maçon et Le Régulateur des Chevaliers Maçons sont des textes du XVIIIe siècle, par leur esprit, ils annoncent les rituels du XIXe siècle. Les circonstances de leur fixation leur donnent un double caractère. D’un côté, ils restent fidèles aux cérémonies d’une première Maçonnerie française très marquée par les références bibliques, mais, de l’autre, ils ont estompé dans le texte même du rituel les citations ou les références ostensibles à « l’Écriture Sainte ». C’est cet équilibre entre tradition et modernité, cette laïcité biblique – ou cette « biblicité laïque » pour ceux qui ne souhaitent pas apposer d’adjectif au mot laïcité ! – qui fait, à notre sens, la richesse et l’intérêt de la version Roëttiers de Montaleau du Rite Français.

Vous pouvez retrouver l’ensemble de l’étude dans le dernier numéro de Joaben-la revue, Dossier spécial « Sources et esprit du Rite Français », actes du colloque co-organisé le 24 octobre 2015 par le Grand Chapitre Général du Grand Orient de France et le Grand Chapitre Français de la GLNF

http://www.conform-edit.com/revues-maconniques/joaben2013-07-25-20-12-12_/joaben-n-disponibles/joaben6-detail