Rassembler ce qui est épars

Accueil » Uncategorized

Archives de Catégorie: Uncategorized

La Chevalerie maçonnique, une nouvelle édition augmentée

Les loges du XVIIIe siècle sont un phénomène complexe, polymorphe… et paradoxal. Leurs huis clos abritent à la fois les échos des idées nouvelles et les vestiges de traditions séculaires. Ainsi, certains « hauts grades » ne peuvent se comprendre que lorsqu’on les inscrit dans les idées, les rêves et les spéculations que la chevalerie ne cessa de susciter depuis sa disparition à la fin du Moyen Âge. Au cœur du Siècle des lumières, la franc-maçonnerie offrira un cadre accueillant à ceux qui voulaient redonner corps à une tradition alliant action et spiritualité. Cette tentative de reconstruction d’une voie chevaleresque utilisa d’ailleurs des éléments très anciens. Cette étude se propose d’explorer les origines et les premières années de la Chevalerie maçonnique. Elle veut aussi montrer combien les loges ont été l’une des « sources occultes du romantisme ».

Dans cette nouvelle édition « corrigée et augmentée », le chapitre sur l’origine des hauts grades a été profondément remanié pour tenir compte de toutes les découvertes faites par les historiens maçonniques depuis vingt ans. Deux chapitres supplémentaires ont aussi été ajoutés sur les liens de la franc-maçonnerie avec l’ordre de Malte au XVIIIe siècle et sur les rôles – rêvés et réels – des Stuarts dans les hauts grades chevaleresques. Un cahier couleur illustre la riche iconographie du sujet.

Pierre Mollier, La Chevalerie maçonnique. Franc-maçonnerie, imaginaire chevaleresque et légende templière au siècle des Lumières, préface de Roger Dachez, 2e édition corrigée et augmentée, Paris, Éditions Dervy, 240 pages, 160 x 240 mm, 430g, 24,00€.

EAN : 9791024206769

ISBN : 979-1-02-420676-9

Léopold Burthe, un « petit maître » précurseur ?

Sappho jouant de la Lyre de Léopold Burthe (1848).

Il y a 30 ans, et depuis à chacun de mes passages – fréquents – au Musée des Beaux-Arts de Carcassonne, j’admirais cette œuvre au style étonnement moderne pour son époque. En dépit de quelques recherches, l’œuvre et son auteur – Léopold Burthe (1823-1860) – semblaient alors complètement inconnus. Le tableau fait aujourd’hui l’affiche d’une intéressante exposition du Musée sur les femmes dans la peinture… spirituellement intitulée « Exception’Elles » ! Mais Léopold Burthe semble aussi en passe d’être tiré de l’oubli. Ainsi, une de ses toiles, toute aussi étonnante, est une des pièces emblématiques présentées en ce moment dans l’exposition « Héroïnes romantiques » – on est dans l’air du temps – au Musée de la vie… romantique à Paris. Cette Ophélia rappelle un peu Le cauchemar d’Henry Fuseli et témoigne de la version française de cette veine néogothique qui annonce le fantastique.

Dans sa courte vie, il meurt à 37 ans, Léopold Burthe a été un disciple et un ami d’Amaury Duval, ce qui le rattache au cercle que l’on a appelé les « Préraphaélites français ». Comme eux, son « primitivisme » prend parfois une dimension fantastique. C’est pour nous ce qui fait son charme.

Léopold Burthe fait maintenant l’objet d’une notice Wikipédia (un peu courte mais c’est un début) ainsi que son père, un aventurier, et son oncle général d’Empire. Tout cela permet de mieux le situer. L’enquête continue !

L’Ascension emblème des « Maçons de pratique »

L’Ascension du Christ est un des emblèmes des Maçons et Tailleurs de pierre en France.

D’après différentes légendes « apocryphes », reprises dans la célèbre « Légende dorée », Jésus aurait en effet laissé la marque de ses pieds sur la roche et, en quelque sorte, lui aussi, « taillé la pierre ».

L’armorial général de 1696 décrit ainsi les armoiries des Maçons de Marseille. Il s’agit sans doute d’ailleurs d’une bannière « mise en écu ». La « communauté des Maçons de Marseille »

« Porte d’azur a un marteau, une truelle et un compas ouvert, le tout rangé en pointe d’argent, surmontés d’un Christ montant au ciel suporté d’une nuée d’argent dans une gloire d’or, le Christ de carnation, ses mains estendues percées de gueules, ses pieds percés de meme, et vetu d’azur et de gueules. »

On retrouve l’Ascension chez les Maçons parisiens puisque leur blason est ainsi décrit dans l’Armorial : « d’azur a une ascension du fils de Dieu sur une montagne le tout d’or ».

Masonic Myths and Legends

For my English speaking friends, my latest production from Westphalia Press (Washington). A series of studies on the origins, sources and meanings of the legends used in the rituals of the degrees (Royal Arch, Rose-Croix, Chivalric degrees).

Freemasonry is one of the few organizations whose teaching method is still based on symbols. It presents these symbols by inserting them into legends that are told to its members in initiation ceremonies. But its history itself has also given rise to a whole mythology. Freemasons are the heirs of the builders of cathedrals. They were protected by the Stuart kings in Scotland from the Middle Ages to the Eighteenth Century, and the Stuarts were their secret Grand Masters. Freemasonry preserves the teachings of a primitive Judeo-Christian gnosis. In order to better understand these legends and myths and their significance, Pierre Mollier has studied their origins and attempted to find their sources. This book presents some of his research. A better understanding of the origins of the initiatory legends of Freemasonry is undoubtedly one of the best ways to better live one’s Masonic commitment.

Foreword by Paul Rich

I – A 1657– masonic? – Bookplate: operative or speculative… That is the question?

II – A Personal Testimony about Masonry in Britain in the Eighteenth Century

III – An Archaic “Scottish Master” at the Roots of High Degrees

IV – Some News from the “Russian Archives” about the Early History of the High Degrees: the Scottish Order in Berlin from 1742 to 1752

V – The Jewish and Christian Sources of the Legend of the Vault

VI – The Masonic Degree of Rose-Croix and Christianity: The Complex Links between Religion and Freemasonry during the Enlightenment

VII – The 1764 Santo Domingo Manuscript: A Reflection of the French Original of the Francken Manuscript

VIII – Malta, the Knights, and Freemasonry

IX – The Stuarts and Freemasonry: The Final Episode

X – The Masonic Orders of the Holy Sepulchre in Eighteenth-Century France

XI – Election, Representation, and Democracy: Debates Surrounding the Organization of the Grand Orient de France (1773-1789)

XII – Theophilanthropy: A (Masonic) Plan for a Religion without myths and legends

To order the book

Lucien Graux : « prince des bibliophiles » et franc-maçon

Lucien Graux est maintenant bien oublié. On ne trouve plus guère son nom aujourd’hui qu’au détour de catalogues de vente aux enchères ou de libraires où l’on peut parfois lire la mention « ancienne collection Lucien Graux ». Celle-ci est restée un indéniable label de qualité. Lucien Graux a été l’un des plus grands collectionneurs de l’Entre-deux-guerres. Le plus grand peut-être à cette époque qui est un des âges d’or de la bibliophilie. On l’a souvent présenté comme « le prince de bibliophiles ». C’est par exemple lui qui, après avoir pu en faire l’acquisition, a offert à l’État le testament de Louis XIV, document essentiel de l’histoire de France mais qui, curieusement, était alors en mains privées. Entre 1953 et 1957, il n’a pas fallu moins de neuf ventes à Drouot pour disperser sa bibliothèque. Les catalogues de ces neuf ventes demeurent des ouvrages de référence pour tous les bibliophiles.

Lucien Graux est né dans une famille aisée le 4 avril 1878. Son père était un médecin réputé exerçant pendant la « saison » à Contrexéville. Il suit ses traces et fait sa médecine. Tempérament hyperactif, à peine sorti de la faculté de médecine, Lucien Graux devient éditeur de La Gazette médicale et dépose un brevet pour un médicament luttant contre l’acide urique : l’Urodonal. L’Urodonal va transformer le jeune médecin en homme riche. Outre ses qualités propres, l’Urodonal va rencontrer un grand succès en raison de ses célèbres campagnes de publicité. Esprit curieux et inventif, homme avisé, Lucien Graux va s’intéresser aux premières techniques de communication de masse et apparaît comme l’inventeur de la communication médical moderne. Après la guerre de 14, il élargira ses activités en lançant une maison de parfums qui connaîtra aussi la réussite : Arys. Avant même la quarantaine, le docteur Lucien Graux est donc à la tête d’une fortune qui lui donne des loisirs et des moyens pour se livrer à ses goûts pour la collection. En une vingtaine d’années, il rassembla, dans son hôtel particulier du 33 avenue Kleber, l’une des plus grandes et plus belles collections privées de manuscrits et de livres.

Jeune étudiant en médecine aux idées avancées, il est initié au sein de la Loge L’Enseignement Mutuel du Grand Orient de France le 12 avril 1899, compagnon et maître, deux mois plus tard, le 29 juin 1899, il est Rose-Croix en juillet 1902 et Chevalier Kadosh (Chapitre et Conseil L’Avenir) en octobre 1903. Même pour une époque, peu portée sur le symbolisme, où les passages de grades se faisaient rapidement, c’est un parcours express ! En 1901, il est l’un des fondateurs de la Loge – bien nommée – Les Étudiants qui veut rassembler la jeunesse républicaine du quartier latin. Sa vie maçonnique active semble s’être surtout déroulée avant la guerre de 14 et il paraît avoir été moins présent en Loge à partir des années 1920. Néanmoins il tient à son affiliation maçonnique puisque, porté démissionnaire en 1935 à la suite d’un problème administratif, il entreprend des démarches pour obtenir sa réintégration – qui ne pose aucun problème – et est rapidement réinscrit sur le tableau de la Loge. Il sera d’ailleurs stigmatisé comme franc-maçon par la presse collaborationniste (Le Matin du 9 août 1941 ). Lucien Graux, qui a donc 62 ans en 1940, ne supporte pas l’effondrement de la France et le régime de Vichy, et s’engage dans la Résistance.

Arrêté par les Allemands à son domicile le 10 juin 1944 à l’aube, déporté, le Frère Lucien Graux est mort au camp de Dachau le 10 octobre de la même année.

Un magnifique « super ex-libris » maçonnique

Un peu au hasard d’une recherche, malheureusement infructueuse, nous sommes tombé sur ce très beau « fer » à motif maçonnique. Il ornait les plats des règlements de la loge « Le Parfait Silence » de Lyon. On peut en effet deviner – d’autant plus facilement qu’on l’apprend par le contenu du volume ! – que les lettres anglaises enlacées dans le cartouche représentent les initiales LDPS qu’il faut donc lire « Loge Du Parfait Silence ». Mais il faut bien avouer que sans l’aide du contenu, il aurait été périlleux d’interpréter cet entrelacs. L’entrelacs de lettres anglaises paraît avoir été à la mode dans les sceaux des loges de 1770 à l’Empire. L’observateur contemporain peut regretter qu’il ait souvent remplacé une composition symbolique plus riche de sens à nos yeux… mais il faut avouer que la forme et l’agencement des lettres sont souvent si compliqués que cela leur donne un côté ésotérique ! Un esprit rêveur – nervalien ? – pourrait y voir une esthétique qui rappelle la calligraphie et la « science des lettres » orientales…

La copie des règlements qu’abrite cette belle reliure est datée « de l’Ere Vulgaire, le trois avril 1803, de la Rép. Française, le 13 germinal, an 11 », mais le fer lui même paraît plutôt de la fin du XVIIIe siècle. C’est l’occasion de rappelé la définition que nous emprunterons à Christian Galantaris « Super ex libris. Ex-libris, généralement doré frappé sur un plat de reliure : armoiries, nom, devises, emblème, etc. Mot à employer de préférence à supra libros » (Manuel de bibliophilie, T.2, p. 238)

Pour aller plus loin : Voir le chapitre 23 de mon livre Curiosités Maçonniques : Les ex-libris maçonniques : « blasons de l’esprit » et marques des Frères

Pourquoi un Rite en 33 grades ?

En maintenant plus de deux siècles, le Rite Écossais Ancien et Accepté s’est profondément enraciné dans le paysage maçonnique mondial. Il en constitue même l’un des principaux repères. De l’Amérique du Sud à l’Europe du Nord et de la Turquie au Canada, chaque Maçon sait ce qu’est un « 33e ». Pourtant le Rite Écossais Ancien et Accepté et son impressionnante échelle en 33 grades sont aussi le produit d’une histoire. On sait que les 33 degrés ont été obtenus en ajoutant quelques grades aux 25 de l’ancien « Ordre du Royal Secret » d’Étienne Morin, que nous appelons aujourd’hui le « Rite de Perfection ». Quelle est l’origine de cette première échelle de 25 degrés ? Pourquoi y a-t-on ajouté des grades et pourquoi 33 ? D’où viennent ces grades ajoutés et comment s’est mise en place cette nouvelle échelle en 33 degrés qui est maintenant un élément classique et structurant de la franc-maçonnerie un peu partout dans le monde.

I. Au commencement était le « Rite de Perfection » en 25 grades ?

II. 1801 et l’apparition du « Rite en 33 grades »

III. Pourquoi passer de 25 à 33 grades ?

IV. Une échelle de 33 degrés qui mettra des années à se fixer

Retrouvez les éléments que j’avance dans « Pourquoi un Rite en 33 grades ? » dans l’une des dernières publications du Grand Collège des Rites Écossais :

Rite Écossais Ancien Accepté : Les grades ajoutés

Curiosités maçonniques : une nouvelle édition

Même les institutions les mieux établies cachent toujours quelques Curiosités. Derrière le pittoresque de ces anecdotes, nos Curiosités Maçonniques dévoilent souvent des aspects de la franc-maçonnerie laissés dans l’ombre par une approche plus classique. Le sourire est la ponctuation d’instants de lucidité !

Depuis Borgès et Umberto Eco, on sait que les bibliothèques, loin d’être synonymes de recherches arides et d’ennui, recèlent aussi leur part de mystères. Enquêter sur la chaîne des propriétaires d’un manuscrit rare, décoder un ex-libris énigmatique, découvrir une référence inattendue… C’est à ces aventures que nos histoires convient le lecteur.

Ces enquêtes dans les archives des Loges sont aussi des nouvelles romanesques et des contes édifiants pleins d’enseignements pour qui cherche à mieux comprendre « le secret » de la franc-maçonnerie.

Cette deuxième édition de l’ouvrage paru en 2014 est en partie un nouveau livre. Plusieurs des 17 chapitres initiaux ont été complétés par des éléments découverts ces dernières années. 13 nouveaux chapitres – 13 nouvelles curiosités donc – ont été ajoutées ainsi que de nombreuses illustrations supplémentaires.

Table des matières

Préface

Avant-propos

I. Un ex-libris – maçonnique ? – de 1657,

« opératif » ou « spéculatif »… That is the question ?

II. Une Grande Loge oubliée dans les brumes de l’antique cité d’York.

III. La « vraie » Maçonnerie opérative a-t-elle survécu ?

IV. Une « épigraphe » maçonnique à Marseille au xviiie siècle ?

V. Harpocrate en Occitanie : une planche de la Loge écossaise de Toulouse en 1744.

VI. La « croix de Malte » et la franc-maçonnerie.

VII. Le « crime le plus atroce », l’affaire Pincemaille ou les secrets des hauts grades imprimés et vendus aux profanes.

VIII. Statuts & règlements du Très Auguste et Très Aimable Ordre du – bon ! – Moment.

IX. Une initiation au paradis perdu : les Francs-jardiniers.

X. Une Maçonnerie… Pythagoricienne.

XI. Une Maçonnerie celtique : l’Ordre d’Eri.

XII. Les Philalèthes : la bibliothèque est un Temple…

XIII. Notes fugaces arrachées au passé sur le cas regrettable mais avéré d’un gradomane.

XIV. Des livres et des Rites… une quête maçonnique – et bibliophilique – sous l’Empire : la correspondance Thory-Geille sur les débuts du Rite Écossais Ancien Accepté.

XV. Collection et initiation : les 120 rituels du Frère Gaborria.

XVI. Où l’innocente manie de la bibliophilie maçonnique révèle l’existence d’une bibliothèque secrète réunie jadis par un adepte oublié.

XVII. Les Mystères de la Loge « des Trois Frères ».

XVIII. La vie bien remplie du Frère Pingré ou les tribulations d’un chanoine éclairé au siècle de Voltaire.

XIX. Un prêtre tiré des geôles révolutionnaires par la fraternité maçonnique.

XX. Quand un antimaçon devient un excellent Frère : le chemin de Damas maçonnique de Charles-Louis Cadet de Gassicourt.

XXI. De la Maçonnerie symbolique à la République universelle : une dénonciation de la franc-maçonnerie au ministre de l’Intérieur (1822).

XXI. « Une secte voluptueuse et religieuse » :Fourier, les fouriéristes et la franc-maçonnerie.

XXIII. De l’héraldique maçonnique.

XXIV. Le blason hermétique du Rit Écossais Philosophique.

XXV. Jetons et médailles : la numismatique maçonnique.

XXVI. Une « Légion d’honneur » maçonnique, l’ordre des Chevaliers défenseurs de la Maçonnerie et un illustre récipiendaire.

XXVII. Les ex-libris maçonniques : « blasons de l’esprit » et marques des Frères.

XXVIII. Un étonnant daguerréotype maçonnique.

XXIX. A l’ordre ! En garde ! Les francs-maçons et le duel. XXX. Gérard de Nerval « le Frère Terrible ».

Pierre Mollier

Curiosités Maçonniques

Énigmes, intrigues et secrets dans les Loges

Préface de Jean-Pierre Lassalle

Éditions Dervy, Collection Renaissance Traditionnelle

288 p., 26 €

Pour l’acquérir :

http://www.detrad.com/contents/fr/p5440_Curiosites-maconniques—Pierre-Mollier.html

Auguste de Grasse-Tilly et le moment 1804 : Nouveau regard sur la création du Suprême Conseil à Paris

Les Actes du colloque Grasse-Tilly organisé par le Grand Collège des Rites viennent de paraître, vous pourrez y découvrir – notamment – la communication que j’y ai proposée sur la création du Suprême Conseil en 1804…

On croit connaître cet épisode majeur de l’histoire maçonnique française qu’est l’implantation à Paris, à l’automne 1804, du Rite Écossais Ancien Accepté et de son Suprême Conseil du 33e degré. Épisode d’ailleurs relaté par des observateurs qui en furent, non seulement des témoins, mais aussi des acteurs, comme Pierre-Julien Pyron qui publia en 1814 un Abrégé historique de l’organisation en France des 33 degrés du Rite Écoss\ Ancien et Accepté. Petit ouvrage qui paraît bien être la première histoire du RÉAA en France et qui fut utilisé ensuite comme source par beaucoup d’historiens maçonniques.

« En 1804 les malheurs de la guerre forcèrent les membres du Suprême Conseil du trente-troisième degré établi dans l’île Saint-Domingue de se séparer. Plusieurs se réfugièrent à Paris : ils avaient à leur tête F\ de Grasse-Tilly, très-puissant Souverain Grand-Commandeur de ce Suprême Conseil, et investi, d’après les constitutions de 1786, du  pouvoir d’organiser des Suprêmes Conseils dans les États et Empire où il n’en existait pas encore […]. Le 22 décembre 1804,[…] le Suprême Conseil pour la France […] fut définitivement organisé…« 

Si, bien sûr, témoignages et archives convergent pour nous confirmer la création en France, à l’automne 1804, d’un corps de hauts grades du rite apporté des Amériques à Paris par Auguste de Grasse-Tilly, plusieurs points restent obscurs, voir contradictoires, dès qu’on l’on revient aux pièces du dossier et qu’on les sollicite un peu. L’objet de notre contribution est de retourner aux sources et d’éclairer cette création par ce que nous disent les documents de premières mains.

Document 1 : le « Livre d’Or » de Grasse-Tilly (8-16 octobre 1804)

[…]

Document 2 : le procès-verbal de la réunion du Consistoire des « Grands Inspecteurs Généraux » (17 octobre 1804).

[…]

Document 3 : le compte rendu de la 3e séance de la Grande Loge Générale Écossaise de France (10 novembre 1804)

[…]

Document 4 : le « Concordat » du 5 décembre 1804

[…]

Document 5 : Le Livre d’Architecture du Suprême Conseil

[…]

Pour découvrir ces analyses

Auguste de Grasse-Tilly (1765-1845) et la diffusion du Rite Écossais Ancien Accepté au début du XIXe siècle, Les Écossais, vol. 22, T. I, Grand Collège des Rites Écossais, Paris, 2021

Le grade de « Royale Arche » en France au XVIIIe siècle (« RT » n°198)

Le Royal Arch reste, jusqu’à aujourd’hui, l’un des grades majeurs de la Maçonnerie anglo-saxonne. Laurence Dermott, le Grand Secrétaire de la Grande Loge des Antients affirmait y avoir été reçu à Dublin en 1746. Il le considérait comme « la racine, le cœur et la moelle de la franc-maçonnerie ». Mais, contrairement à ce qui a parfois été avancé, les Moderns l’appréciaient et le pratiquaient aussi. C’est même eux qui vont constituer le premier Grand Chapitre en 1766. En 1774, le Grand Secrétaire de la Première Grande Loge (des Moderns), James Heseltine, répond à un de ses correspondants : « Il est vrai qu’une grande partie de la Fraternité ici appartient à un grade de la Maçonnerie dit supérieur aux trois autres, appelé l’Arc Royal. J’ai l’honneur d’être revêtu de ce grade et ses principes et ses cérémonies sont vraiment dignes d’éloges ».  En 1813, l’Arc Royal est intégré au système fixé par la Grande Loge Unie d’Angleterre avec cette déclaration, fort peu cartésienne mais souvent considérée comme une illustration du pragmatisme britannique, selon laquelle : « la pure et ancienne Maçonnerie consiste en trois grades et pas plus, à savoir ceux d’Apprenti, de Compagnon et de Maître Maçon y compris l’Ordre Suprême du Saint Arc Royal » ; trois seulement… y compris le quatrième ! En Écosse, en Irlande et aux États-Unis, le Royal Arch est pratiqué selon d’autres modalités mais revêt aussi une grande importance dans le parcours maçonnique.

Ce serait céder à une apparence trompeuse que de considérer le Royal Arch comme un sujet maçonnique essentiellement anglo-saxon. Dans toutes les Maçonneries, la perte – ou la mise à l’écart – du « vrai mot » au grade de Maître ouvre à une suite qui puisse rétablir l’intégrité des « secrets » maçonniques. Comme l’imparfait appelle un travail de perfection. Dès le XVIIIe siècle, les Maçonneries du continent, au premier rang desquels la Maçonnerie française, connaissent des grades qui jouent le même rôle que le Royal Arch britannique et qui entretiennent d’ailleurs avec lui des liens étroits. À partir de 1745, le Vray Maître et Écossais – et dans son sillage toute une série de grades qui en sont issus et qui constituent la famille des Écossais de Perfection ou Écossais de la Voûte – proposent un corpus légendaire et symbolique très proche de l’Arc Royal. En 1780, un voyageur français à Londres notait d’ailleurs « Autant que je puis juger par ce que le f:. Heseltine m’a dit, le Royal Arch n’est autre chose que le grade d’Écossais en France […] Son grand objet est de retrouver le vrai mot de maître et de démontrer à l’homme le plus essentiel des Traits de lumière »

Mais, de manière tout à fait curieuse, alors que les Écossais de la Voûte en sont les équivalents naturels de ce côté-ci de la Manche, on découvre aussi un grade de « Royale Arche » dans la Maçonnerie française du XVIIIe siècle. Cette appellation même de « Royale Arche », avec l’adjectif précédant le nom, semble signer son origine britannique. De surcroît, certaines versions de cet Arc Royal français présentent des caractéristiques que l’on ne retrouve que dans le Royal Arch britannique.

Le grand intérêt de cet Arc Royal français est que l’on dispose d’un certain nombre de rituels, dont les plus anciens peuvent être datés assez sûrement du début des années 1760, alors qu’outre-Manche les plus anciens rituels de Royal Arch – très rares – ne peuvent pas être antérieurs au début des années 1780. Nos textes français pourraient donc être les tout premiers témoins du Royal Arch britannique originel.

Pour le découvrir ou l’acquérir : https://rt.fmtl.fr/num%C3%A9ros/198