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Du nouveau sur la « patente Gerbier de 1721 »

Patente Gerbier de 1721Dans notre livre sur les hauts grades du Rite Français nous apportons un élément nouveau sur la fameuse « patente Gerbier de 1721 ». Naturellement apocryphe – mais ayant peut-être maintenant une dimension symbolique – elle reste un des documents les plus curieux de l’histoire des hauts grades au XVIIIe siècle. Son contenu est bien connu depuis Thory qui, en 1812, publie une transcription de l’original latin et sa traduction dans la troisième annexe de son Histoire de la Fondation du Grand Orient de France. En revanche, on ne savait rien de la forme que pouvait avoir cet extraordinaire parchemin. Or le livre d’or du Chapitre parisien du Choix, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque de la Grande Loge d’Écosse à Edimbourg (collection Morison), présente un essai de fac-similé de ce singulier titre. Cela nous permet donc de nous faire une idée de l’apparence de cette pièce dont l’original est maintenant perdu depuis plus de deux siècles.

Si l’on n’apprend rien de nouveau quant au texte qui est bien, au mot près, celui publié par Thory, on y découvre en revanche deux éléments tout à fait intéressants : le sceau et la devise du supposé Chapitre Rose-Croix de 1721. Le sceau représente un arbre – un acacia ? – chargé de trois V signifiant sans doute « Vivat, Vivat, Vivat ». Une composition symbolique qui renvoie d’ailleurs plus à la légende d’Hiram qu’au grade de Rose-Croix. Quant à la devise latine : « Pauci me assequuntur », on pourrait la traduire par « Peu sont aptes à me suivre ».

Comme le signale Thory, une traduction est jointe au titre, le livre d’or du Chapitre du Choix en donne aussi la copie :

Patente Gerbier de 1721-sceau

De l’Orient du Monde et de la Grande Loge d’Edimbourg, où règnent la Foi, l’Espérance et la Charité, dans la Paix, l’Unanimité et l’Egalité, le 21e jour du 1er mois d’Hiram 5721 et d’après l’Hiéroglyphe posthume du Sauveur 1688.

Salut ∴ Salut ∴ Salut ∴

 

Nous soussignés Disciples du Sauveur, à tous ceux qui ont ou qui pourront y avoir intérêt, savoir faisons, que Nous avons créé en faveur des Français, un Grand Chapitre de la Rose-Croix, dont le Siège Suprême, au nom et sous la pleine puissance et autorité de notre Frère Duc D’Antin, Pair de France, d’une réputation digne de ce rang, ou de quelqu’un des Frères, Chevaliers accomplis en tout point, qui devra être muni par le Chapitre ou par la Loge du dit, de lettres authentiques, résidera à perpétuité à Paris, pour y jouir du privilège de propagation et de constitution seulement dans l’intérieur de la France. A ces conditions Nous consentons par ces présentes, munies de notre sceau et de notre signature, que le dit chapitre suive librement son génie naturel, en conséquence qu’il soit béni, honoré et que la foi lui soit ajoutée.

Donné à l’Orient de l’Univers, la 23e année de notre règne

[Signés] Barboux, Barlay, Batnet, Ardidenowitz, Huiwn, Rittary, Chulkes, Keyssovet, Dreyts, M.or Bakrnann, Fortoret, signor Cuttin, Hindreleat, H.S. Bonut,

Burnet Secrétaire

Thory ne consacre pas moins de douze pages à présenter la « patente de 1721 » du docteur Gerbier et à réfuter son authenticité. Il explique à ses lecteurs les raisons de sa longue argumentation : « Notre intention n’est pas de réveiller une ancienne querelle, mais de rapporter des faits historiques. Nous nous serions bien moins étendus sur cet article, si aujourd’hui même [en 1812] plusieurs officiers du G.O. ne persistaient à soutenir que ce titre est véritable » et il ajoute en note « en 1804 l’annaliste du G.O. avait promis de grands détails à ce sujet ; on les attend inutilement depuis plus de huit ans. Voir l’Etat du G.O. Reprise, Tom. 1, première partie, page 18. »

Retrouvez l’histoire complète de la patente Gerbier de 1721 dans Les hauts grades du Rite Français, histoire et textes fondateurs, Le Régulateur des Chevaliers Maçons.

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Les hauts grades du Rite Français : Histoire et textes fondateurs

9791024202235.inddNotre nouveau livre sort des presses en ce moment et sera disponible en librairie dès les premiers jours du mois de septembre. Il est consacré à l’histoire des hauts grades du Rite Français et propose un fac-similé du Régulateur des Chevaliers Maçons.

Après une longue maturation au XVIIe siècle, les usages de la franc-maçonnerie spéculative moderne se fixent dans les années 1720 avec ses trois séquences symboliques d’Apprenti, Compagnon et Maître. Mais, à partir de 1730-1740, d’autres grades apparaissent encore : Maître Parfait, Élu, Maître Écossais, Chevalier d’Orient, Rose-Croix… Ces « hauts grades » aux noms poétiques sont la mise en forme maçonnique de thèmes ésotériques. La multiplication et la forte diffusion des hauts grades suscitent un besoin de clarification qui amène à les organiser en « Rites » avec des caractères propres et une échelle spécifique. Ce livre retrace l’histoire de la prise en compte de la riche réalité des hauts grades du siècle des Lumières par les dignitaires du Grand Orient de France. Après différentes péripéties, ils établissent une échelle en « quatre Ordres plus un ». Cette codification est conduite par des Maçons savants et inspirés et les « Ordres de Sagesse » du Rite Français représentent un des fleurons de la tradition maçonnique française. Cette étude permet de connaître les circonstances de la formation du Grand Chapitre et de la fixation des rituels des Ordres capitulaires. Le livre propose aussi un fac-similé de la très rare édition originale du Régulateur des Chevaliers Maçons. 428 pages pour tout savoir sur les origines et la formation des hauts grades du Rite Français.

Préface de Philippe Guglielmi

Introduction

I – Le travail préparatoire de la Chambre des Grades

II – La fixation des cinq Ordres Français par le Grand Chapitre Général de France

III – La réunion du Grand Chapitre Général de France au Grand Orient de France

IV – Les hauts grades du Rite Français au début du XIXe siècle et l’aventure du Ve Ordre

Conclusion

Fac-similé du Régulateur des Chevaliers maçons

Cahier du Très Sage

Cahier de l’Architecte

Cahier de l’Orateur

Annexes

1/ La circulaire annonçant la fondation du Grand Chapitre

2/ Le « grand sceau » du Grand Chapitre Général de France

3/ Les règlements du Grand Chapitre Général de France

4/ Les sources iconographiques du Grand Chapitre : « une Bible de Royaumont avec figures pour les décorations »

5/ Défense du Grand Chapitre par le Frère Oudet (1784)

6/ Déclaration de principes adoptée par les commissaires du Grand Orient de France et du Grand Chapitre Général en vue d’établir leur réunion (1786)

7/ Les titres et patentes des hauts grades du Rite Français

8/ Circulaires annonçant aux Chapitres du Grand Chapitre Général de France l’accord avec le Grand Orient de France, les modalités de la nouvelle organisation et la constitution du Chapitre Métropolitain.

9/ Circulaires annonçant aux Loges du Grand Orient de France l’établissement en son sein du Grand Chapitre Général et leur indiquant le fonctionnement et les règlements de la nouvelle instance ainsi que les modalités « pour avoir les hauts grades »

10/ Le Souverain Chapitre Métropolitain et l’ésotérisme

11/ Le Rite Français et la Bible

12/ Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau

13/ Les manuscrits des quatre Ordres et Le Régulateur des Chevaliers Maçons

14/ Les 81 grades des neuf séries de l’Arche du Ve Ordre

15/ Un projet de diplôme pour le Ve Ordre du « Rite le plus ancien connu en France »

Index

Entretien vidéo présentant le livre

Le Rite Français et la Bible

[Introduction et conclusion d’un article qui vient de paraître dans Joaben]

Sceau-Gd-Chap.LégerLe Rite Français et la Bible, voilà un sujet intéressant mais délicat. Délicat tout d’abord parce que c’est une question compliquée à traiter sur le plan de la méthode. Délicat ensuite parce que, bien sûr, les conclusions d’une telle enquête peuvent – certains diraient doivent – avoir des conséquences sur notre pratique actuelle du Rite Français. En cette matière comme en d’autres, on a l’idée qu’un objet prend, à sa naissance et dans ses premières années, des traits qui deviennent constitutifs de son identité. Les rapports du Rite Français et de la Bible au XVIIIe siècle pourraient donc ne pas être un enjeu purement académique. La question est aussi difficile sur le plan de la méthode. Déjà par son objet : Que va-t-on prendre comme référence du Rite Français ? les grades symboliques ? les hauts grades ? les deux ? Doit-on considérer comme Rite Français la pratique maçonnique du XVIIIe siècle en France ? ou va-t-on se concentrer sur la version adoptée par le Grand Orient en 1785 et connue sous le nom de Régulateur du Maçon ?

Pour mieux cerner les relations du Rite Français avec la Bible, nous proposons d’aller de l’un à l’autre de ces textes qui incarnent chacun un aspect du Rite Français. C’est justement ces allers-retours entre leurs différentes facettes qui nous permettront de mieux saisir les rapports avec la Bible et leurs éventuelles évolutions. Par convention, nous appellerons « Rite Français du XVIIIe siècle » les usages des Loges françaises entre 1740 et 1780, c’est-à-dire ce « Rite des Modernes » importé en France dans les années 1720, enrichi et utilisé tout au long du siècle des Lumières. Nous utiliserons comme texte de référence des trois premiers grades une petite plaquette intitulée Corps complet de Maçonnerie adopté par la R. G. L. de France. C’est un rituel probablement édité par la Première Grande Loge de France – ou l’une de ses factions – quelques années avant sa transformation en Grand Orient vers 1770. Il nous semble bien rendre compte de la pratique maçonnique des Loges françaises entre 1760 et 1780. Pour les hauts grades, nous nous référerons à des manuscrits qui nous paraissent proposer des versions classiques des grades d’Élu, d’Écossais, de Chevalier d’Orient et de Rose-Croix avant 1780. Pour ce qui est de la version « canonique » du Rite Français fixée par le Grand Orient en 1785 – et par le Grand Chapitre à la même époque – nous nous fonderons sur Le Régulateur du Maçon et Le Régulateur des Chevaliers Maçons. Même si ces publications ont été imprimées au tout début du XIXe siècle, elles ne présentent que des différences infimes avec les textes votés en 1785. Explorer les relations du Rite Français et de la Bible c’est donc en premier lieu étudier la présence des thèmes et des références bibliques dans le Rite Français du XVIIIe siècle, puis ensuite analyser comment ces éléments bibliques ont été traités dans la version fixée par le Grand Orient en 1785.

[…]

À ses origines, le Rite Français du XVIIIe siècle entretient donc des liens étroits avec la Bible et met en œuvre un rituel marqué par une atmosphère religieuse. Mais la codification élaborée en 1785 par l’équipe qui travaille autour de Roëttiers de Montaleau, au sein du Grand Orient puis du Grand Chapitre, en présente une version fortement laïcisée. Presque toutes les références bibliques ou les connotations religieuses, abondantes dans les textes originaux, en ont été estompées. Si, par leur date de rédaction, Le Régulateur du Maçon et Le Régulateur des Chevaliers Maçons sont des textes du XVIIIe siècle, par leur esprit, ils annoncent les rituels du XIXe siècle. Les circonstances de leur fixation leur donnent un double caractère. D’un côté, ils restent fidèles aux cérémonies d’une première Maçonnerie française très marquée par les références bibliques, mais, de l’autre, ils ont estompé dans le texte même du rituel les citations ou les références ostensibles à « l’Écriture Sainte ». C’est cet équilibre entre tradition et modernité, cette laïcité biblique – ou cette « biblicité laïque » pour ceux qui ne souhaitent pas apposer d’adjectif au mot laïcité ! – qui fait, à notre sens, la richesse et l’intérêt de la version Roëttiers de Montaleau du Rite Français.

Vous pouvez retrouver l’ensemble de l’étude dans le dernier numéro de Joaben-la revue, Dossier spécial « Sources et esprit du Rite Français », actes du colloque co-organisé le 24 octobre 2015 par le Grand Chapitre Général du Grand Orient de France et le Grand Chapitre Français de la GLNF

http://www.conform-edit.com/revues-maconniques/joaben2013-07-25-20-12-12_/joaben-n-disponibles/joaben6-detail